2018/02/08

Epreuve de Force




« La Force »

Au commencement et avant, il y avait ‘La Force’. Maintenant et après, il y aura ‘La Force’. Une Force toute puissante capable de création, de dispensation, de don.

Cette Force est à l’origine de toutes les forces apparues avec l’univers et notamment de celle de la vie. Cette force de la vie est dévouée à la survie des individus et des espèces et à leur expansion, non seulement quantitative mais qualitative.

De toutes les forces apparues, la première et la plus puissante est la force d’expansion. C’est elle qui présida à la création de l’univers et qui donne à la graine de la vie la force de germination qui percera la coquille et détruira l’enveloppe matérielle. C’est l’existence qui perce l’écorce du néant de la matière, c’est la lumière intérieure, individuelle, unitaire qui surgit des ténèbres extérieures, informes, indéfinies.

C’est la force d’expansion qui, vainqueur de la force de gravité imprime sa loi aux galaxies autant qu’aux bactéries, rien ne lui échappe, homme compris. Cependant, en passant par la nature humaine, la force vitale est canalisée par la volonté qui lui donne une couleur particulière selon que l’homme suit sa conscience, colonne de feu de l’humanité, ou qu’il s’en écarte.

En l’homme, contrairement à l’ensemble de l’univers, la force d’expansion n’est pas forcément gagnante. Elle se divise en deux formes principales qui se colorent selon l’intention qu’on lui donne, intention native d’expansion, de vie, de cohésion et de coopération où une intention de dominance, de profit, de destruction, de mort.



 L’HOMME ROI DU MONDE

Au commencement des âges, les hommes réglaient les conflits par la violence ; le plus fort tuait le plus faible. Celui-ci ne put se sauver qu'en faisant appel à l'intérêt du vainqueur ; il lui dit :
« Épargne ma vie, je t'enrichirai de tout le produit de mon travail ou, associons-nous car à deux nous aurons plus de force et nous asserviront non plus un homme mais un peuple ».
Le fort accepta, et le faible, faute de perdre la vie perdit la liberté. Le faible le devint doublement, physiquement et moralement, tandis que le fort grandissait d’autant en ajoutant à sa force physique une force morale tournée vers le mal. Car dans une humanité-humaine, le devoir du fort, sa raison d’être est de donner de sa force au faible, ce qui a lieu originellement dans la famille, fondement et exemple de l’humanité.

D’instrument de vie, ou de mort incidente, qu’elle était, ‘La Force’ devient un moyen d’oppression, elle a changé de nature. D’individuelle elle devient collective. La force ne sert plus à faire vivre un individu et ceux qu’il protège, sa famille, mais à se servir de l’autre comme d’un bien, en définitive, à vivre aux dépens d’un autre, à remplacer son devoir de vivre par un droit d’oppression, à diviser l’humanité en maîtres et esclaves à la différence près que ceux appelés maîtres sont en réalité esclaves des esclaves.

 L’homogénéité et l’originalité de l’humanité faite d’individus libres de veiller à eux-mêmes devient un monde divisé en décideurs et en instruments des premiers, en profiteurs et en victimes du système créé. Les associations de malfaiteurs tiennent les rênes du pouvoir, légal comme illégal car les lois ne servent qu’à protéger le règne de la force. L’humanité vit dans une obscurité malfaisante à la surface de la houle sociale. Seuls les défauts se transmettent d’âge en âge tant pour les individus que pour les peuples. Que ce soit le caractère, la morale ou les croyances, l’homme a peur de la vérité car il est si bon de mentir, de se mentir afin de n’avoir rien à faire que d’être égoïste, injuste, abusif … Tout cela grâce au règne de la force.

La force devient ainsi l’idole à adorer, à conquérir, à exhiber. La quête de la force en tant que but suprême légitime conséquemment tout usage de celle-ci. Et c’est ce qui a toujours eu lieu parmi les hommes. Non seulement tous les actes importants, s’éduquer (eh ! L’histoire de l’humanité n’est autre que celle de la force appliquée et légitimée), se soigner, se loger, se nourrir, travailler … sont soumis à la loi générale et commune de la force, mais tous les rapports humains s’y soumettent ultimement. Le pire étant ceux qui se font victimes consentantes afin de jouir à leur tour d’une parcelle du droit d’oppression.



Des solutions ???

La première, unique et indispensable est que chaque homme se décide à faire le bien au cours de sa vie, c’est-à-dire une prise de conscience que c’est là son rôle fondamental d’être humain, le but primordial de sa vie humaine. En conséquence, de quoi, chaque homme a le devoir de se gouverner lui-même. Si chacun respecte ce principe, le respect de l’autre est acquit sans avoir besoin de parler de droits car évoquer la notion de droits entraine celle d’organisation, de puissance pour les faire respecter. De plus, quand on substitue les droits au Droit, ceux-ci ne peuvent être que réduits, partiels et finalement injuste. Il n’y a qu’un droit, c’est le devoir de faire du Bien ; il n’y a qu’une justice qui est absolue dans son principe ou qui n’est pas. Les droits divisent tandis que le devoir unit.

La seconde est de redéfinir les concepts fondamentaux de l’humanité comme la liberté qui n’est ni un droit ni un acquis mais la possibilité de choisir le bien qui seul rend libre, la raison d’être de l’homme qui est de faire le bien, le bonheur qui est de donner, de partager, d’échanger et d’évoluer ensemble, la famille qui est l’arche de l’humanité, son présent, son avenir, le - et non les, droit de l’homme, qui est de pouvoir faire le bien, à soi-même et à l’autre, le bien, autant un choix qu’un devoir pour l’homme, qui est tout ce qui ne va pas contre la nature et la conscience …

 La troisième est de conjuguer tout ça tant au présent, de ne pas dire, de ne pas penser ‘plus tard’. Si rien ne change aujourd’hui, rien ne changera demain qu’à la première personne. Le changement commence à l’intérieur et la coquille est dure à percer. Mais la vie est forte et ce n’est pas moins impossible que de sauter en l’air et de s’arracher un instant à la force de gravité. Seulement, dans le contexte moral, un saut est le fait d’un sot car on retombe plus bas que le sol … Eh bien, si suffisamment d’hommes faisaient ne serait-ce qu’un saut de puce, sans retomber, la voie serait prise et l’espoir serait là, immédiatement comme le champignon pousse après une averse, à sa saison. Quand donc viendra la saison de l’Homme ?

Une chose est certaine cependant. Si on supprime la guerre et tout ce qui va avec (jusqu’aux états nations et aux ‘multinationales’), si on fait un certain nombre de réformes contre le statisme et la corruption, si on décentralise le pouvoir à son maximum, le bonheur est dans le pré avec garantie éternelle. Quand donc l’humanité tentera t-elle de devenir humaine ? Ce serait une nouveauté sous le soleil qui ne ferait de mal à personne, non ? Comme la force de la vie a percé la gangue de la matière et a donné à celle-ci sa justification, sa raison d'être qui est de supporter la vie, la force de l'homme qui germe de la force de vie doit justifier celle-ci en l'utilisant pour le bien.

Fondamentalement, il n'y a pas des solutions mais une seule. La solution s'appelle la religion naturelle de l'humanité, la religion du bien. Si la solution est unique, son application est multiple car chaque homme lui donne une forme originale, c'est l'unité dans la multiplicité.
Qu’est-ce qu’un enfant ? Ce qui vient des hommes. Qu’est-ce qu’un homme ? Ce qui vient de l’enfant. Les enfants sont des anges et, jusqu’à présent, les hommes ne sont que des anges déchus. Mais il leur appartient de devenir ce pourquoi ils sont fait, des images de Dieu, et l'humanité son paradis, ce n'est pas la nature qui dira le contraire ...





2018/01/19

La Loi Humaine




Pour commencer à évoluer dans le bon sens, globalement, et non par l’étincelle fugitive de quelques grands cœurs ici et là, l’homme se doit de respecter une Loi universelle, d’adhérer à une foi, une vision commune. Or il n’y en a qu’une : faire le Bien. Il ne s’agit pas d’amour, de droits, de théories mais de pratique, individuelle et collective, de la racine de toute vie valant d’être vécue. Comme l’oiseau chante, comme la fleur revêt ses harmonies, comme le pommier se drape chaque printemps d’un voile de mariée, l’homme est fait pour faire éclore des fleurs de bien. C’est sa nature et son rôle, sa Loi qui est celle de Dieu Lui-Même.

« Dieu examina tout ce qu'il avait fait, c'était éminemment bien. » 
Genèse 1/31

Faire le bien est le devoir et la couronne de l’homme, c’est ce qui le fait être homme. C’est en faisant le bien qu’il vit en harmonie avec sa nature prédisposée à accueillir toutes ses actions, tous ses sentiments, tous ses élans vers le bien. Faire le bien est un sentiment inné comme la prédisposition à croire en un ‘Organisateur Suprême’, en Dieu, quoi ! La force directrice de l’enfance est de vouloir que ce qu’on fait soit bien fait. Cette force est celle de la vie même.

Cependant, faire le bien n’est pas aisé à cause d’une myriade de déraisons. L’homme doit revêtir l’armure du bien car pour lui c’est une lutte, un combat contre la possibilité de faire du mal, boulevard doré ouvert sous chacun de ses pas. 

Le bien demande en effet de la part de l’homme un effort de canalisation de ses instincts à la manière dont Eugène Sue définit les ‘péchéscapitaux’. Comme tout être vivant, l’homme nait avec des ‘instruments de survie’ de deux sortes, ceux qui vont défendre son individualité, son autonomie, sa liberté et ceux qui lui permettront de communiquer, d’échanger. Les premiers sont ceux dont la nature est de protéger, de délimiter, de se renforcer comme l’orgueil, l’égoïsme, le mensonge tandis que les autres permettent l’ouverture, l’appréhension de l’autre comme le partage, la compassion, l’amitié.

La première catégorie d’outils moraux servent à l’enfant pour forger sa propre personnalité mais, arrivé à l’adolescence, au lieu de persister et de servir à dominer, à profiter, ces outils devraient être mis au service du bien qui, en tant que lutte est leur destination naturelle. Un tel comportement, expliqué et mis en scène brillamment par Eugène Sue se révèle pourtant une gageure dans l’état social ou l’homme s’est toujours trouvé, état de luttes permanentes, d’animosités épidermiques, de compétitions d’absurdités.

Ma réflexion paraît simpliste ? Vous préférez les fables d'antan ou les élucubrations sur l'avenir hein ? Mais, il n'y a que l'homme qui fasse des choses compliquées. La nature elle se contente comme moi d'être simple, quoique complexe. Entendez bien, un Boeing est compliqué, un brin d'herbe est complexe et nul homme ne créera jamais de brins d'herbe. L'homme doit descendre de son arbre ! La véritable nature humaine est d'être un Homme de Bien ... Va Bene !!!

Cette 'religion du Bien', qui d'ailleurs devrait supplanter toutes les autres, y compris les 'séculaires', ne fait partie d'aucun système et ne s'applique pas en masse mais individuellement. Ce n'est pas un slogan imposé d'un 'en-haut' mais un élan de l'âme de chaque individu. C'est une pratique à mettre en place dans tout ce que fait chacun, principalement dans ses intéractions avec les autres au fur à mesure de la vie. C'est l'antithèse de l'abhérent principe Chinois de 'Tous sous un même ciel'. Les individus n'ont pas à concourir à un 'bien commun' virtuel et tyrannique mais à créer chacun à sa mesure du bien individuel dont la multiplication conduit inévitablement au bien commun. Pour réussir à s'établir le bien individuel doit être partagé car véritablement, il faut un Peuple pour faire le Bien conséquemment et durablement.

Quand l'homme comprend que sa nature est de faire le bien, il comprend de même que le plus haut bien est le don. Donner rend heureux, donner satisfait le besoin fondamental de tout homme en justifiant son existence, en répondant à la fibre de son coeur la plus profonde. L'homme a besoin de choses simples car en lui-même, il est une créature complexe. Or les choses simples sont précisément celles qu'il évite en se persuadant qu'il sera plus que ce qu'il ne voit de lui en créant un monde compliqué. Erreur fatale, crashes à répétition !!



Pour que l'avenir recule, faut que le passé avance, m'enfin !


2018/01/14

Le désir d’être gouverné




Pourquoi il faut abolir les états et les gouvernements


Et les supprimer non seulement par la suppression des frontières mais par l’éradication de leur emprise idéologique, idolâtre sur les ‘citoyens’.

Le pouvoir le plus puissant d’un état, en dehors de la force armée est celui de l’administration des douanes et des impôts dont l’empire s’exerce non seulement sur les biens mais sur les personnes au travers des taxes. Or, tout est taxé, des produits aux individus. Faire partie d’un état suppose que cet état prenne en charge différents services auxquels tout ‘citoyen’ est tenu de participer moyennant espèces sonnantes, pratiquement de sa vie à sa mort.

Or, ce pouvoir absolu sur les personnes est délégué aux gouvernements par ces mêmes personnes. La simple existence d’un état, d’un gouvernement supra-local entraine un renoncement à la liberté individuelle en échange de services, protection, assistance, en fait, quels qu’ils soient, souvent d’ailleurs dégradants, inutiles ou déplorables et cependant toujours des nids de corruption et d’intermédiaires effrénés du pouvoir, des foyers d’esclavage.

 Le désir d’être gouverné est un désir de renoncement, 
une volonté d’esclavage.

Cette volonté d’esclavage est le produit d’un désir égalitaire car, si tous sont esclaves, tous mangent le même pain, le pain de servitude, celui qui accompagne les hommes depuis qu’ils sont. Ce principe fondateur de toutes les sociétés humaines acquière de nos jours une puissance phénoménale du fait de la technologie. On peut contrôler plus en dépensant moins, on peut mieux asservir, mieux rétribuer les intermédiaires, on peut déshumaniser à volonté d’autant plus que cette faculté est soutenue par son principe fondateur, par ces êtres ‘sociaux’ nommés humains.

 L’humanité est sur une pente dangereuse et ne s’en rend pas compte. Des millions d’hommes sont morts ou en train de mourir et le plus grave n’est pas le côté physique mais moral. L’homme ne sait pas ce que veut dire être homme. Là est le danger, le vrai, le grand. Et l’homme ne peut pas dire qu’il ne le sait plus car il a toujours évité de le savoir en brodant des fables et en courbant l’échine derrière un verre de rouge et une injure. Il faudrait supprimer les armes, armées, armements et passer aux régions ce qui serait facile en Europe et aux US. Redonner la terre et sa gestion aux individus, aux familles. Décentraliser à outrance non seulement le pouvoir mais la vie, ce qui est possible techniquement aujourd’hui.

Il faut redonner à la nature et à la nature humaine la priorité, ainsi qu’aux relations de communauté, supprimer les taxes et leur instrumentalisation, la taxation de faux besoins collectifs et les errements qui vont avec, corruption, virtualisation, actions incontrôlables, domination. Pour le meilleur ou pour le pire, l’homme doit se gouverner lui-même, groupes comme personnes. La Loi est dans son cœur et, s’il est une leçon de l’histoire Hébraïque, c’est celle-ci, c’est celle d’un peuple qui est sorti d’esclavage, peu importe qu’il eût dû apprendre la liberté et qu’il ait fini par vouloir un roi …



Renoncement. Et le plus grave de tous, renoncement à sa nature primordiale d’être vivant né libre de vivre. Renoncement inconcevable, unique à l’homme. Même un chien fini par mordre, un cheval par ruer. Ce renoncement est pourtant explicable en tenant compte de ce fait également le propre de l’homme : un homme adulte est tout ce qu’il n’était pas enfant. Un homme adulte renie son enfance pour les chaines dont il croit qu’elle l’a affublé. Il se croit un homme en méprisant, en ignorant, en oubliant son enfance, ce qui le rendait heureux ou triste, ce qui lui importait, ce qu’il espérait.

Non, l’homme n’est né ni pour renoncer à sa liberté, pas plus qu’un animal ‘sauvage’, ni à se renoncer lui-même dans ce qu’il a de plus cher, son identité humaine, son individualité. En déléguant son pouvoir sur lui-même à des gouvernements et leurs intermédiaires, il paie sa part du gâteau et devient partie d’un tout imaginaire. Il peut alors mener à bien, non plus ses rêves d’enfance mais ses calculs d’adolescent afin d’arriver au plus haut dans ce qu’il perçoit être le monde, la réalité. Il peut mettre un masque et s’enivrer d’illusions en marbre vert.

Un des plus grands mystères de la vie humaine est le passage de l’enfance à l’âge adulte et les conséquences qui s’ensuivent. La première est le rejet de la ‘condition d’enfant’ considérée comme une dépendance, une entrave. Après cette désolidarisation du ‘métier d’enfant’ vient l’oublie de qui on a été enfant, de ce que c’est qu’un enfant. L’enfance n’est plus considérée que comme un terrain vague où il y a des mauvaises herbes à arracher et du vide à meubler, un objet à canaliser, à dresser, à remplir de concepts d’adulte. De toutes les espèces vivantes, l’homme est la seule chez qui l’adulte ressemble si peu à l’enfant, la seule où l’enfant ne laisse pas présager de ce qu’il sera adulte.

Un enfant est un athée, pas de religions, pas de croyances, à ses yeux le monde a sa plus simple apparence, celle des faits. Un des premiers sens que développe l’enfant est celui de la justice et le comportement ‘athée’ de l’enfant lui garantit la condition indispensable de toute justice : l’absence de préjugé, de préconception, de parti pris. Le mal apparent le révolte et l’enfant cherchera l’explication, la justification de cette irrégularité du monde. Pour peu qu’il n’en trouve pas, ce n’est plus la révolte mais l’indignation, la colère et le désespoir aussi.

Car toute injustice le touche personnellement en ce qu’elle altère fondamentalement sa conception de la justice, son seul repère, son unique horizon, son plus grand bien. Si l’injustice existe, qui garantira qu’un jour il ne la subira pas, se demande t-il, ou pire, qu’il en sera coupable. Comment aller droit dans un monde où le principe fondamental, fondateur de toute existence n’est pas respecté ? Donc, voyant que le mal existe et étant persuadé qu’il n’y échappera pas, l’enfant s’exerce à être méchant … 
Comme les grands. Méchanceté prévisionnelle pourrait-on dire. Que ça fait mal quand on voit un enfant s’exercer à mentir, à médire, à violenter la vie, et parfois sa propre vie. Ce qui n’est qu’un jeu cruel de sa part fait d’autant plus mal que l’enfant n’est pas prédisposé pour faire du mal car son comportement est un reflet défensif, maladroit et symbolique du monde qui l’entoure, du monde des ‘adultes’ ou le mal est non seulement toléré mais trop souvent rétribué, encensé, adulé, légiféré, codifié.

Oui vraiment, on peut dire de l’homme adulte ce que Cooper faisait dire à Bas de Cuir de certains ‘sauvages civilisés’ : « Ils ont ajouté les vices de l’homme blanc aux travers de leur peuple ». L’adulte de même embrasse les travers de la ‘civilisation’ tout en conservant ses ‘défauts d’enfant’, égoïsme, vanité, indifférence, violence, impatience … Les défauts que l’adulte voit dans l’enfant, changement d’état qui se prépare dès l’adolescence, sont en vérité les vrais qualités de l’enfance, innocence, spontanéité, émerveillement, tendresse, grandeur des émotions, élévation des sentiments, confiance … Qu'avez-vous fait de l'enfant qui était vous-même ??

Avez-vous tenté de 'gouverner' un enfant ? Un enfant désire t-il 'être gouverné' ? Ou sont donc passées les 'gouvernantes' ? On n'attire pas les moineaux avec du gros sel ... Allons donc !!





« — Morts ! Exclama Tanneguy, et personne ne les vengera !

— Dieu a vu le coupable, mon fils, interrompit Lebras, et lui seul est juge !

— Oui, compléta l'inconnu d'un ton presque sentencieux,

 mais Dieu confie quelque fois sa justice aux mains des hommes


et nous serons des hommes, le jour où nous le voudrons. »




2018/01/04

Suivez mes traces ...




Hominidés
- 1.500.000



Paléolithique
- 27.000 





Bible Gutenberg
+ 1455



Fukushima
+ 2011




2017/12/31

Le miroir, mode par défaut



... Aller, un ptit dernier pour 2017 !




L’homme a toujours cherché un Dieu et, faute d’en trouver un en chair et en os, il s’en est inventé autant que de déraison. Ce que l’homme cherche en ‘Son Dieu’ est bien plus qu’une référence universelle à Qui tout rapporter mais un conseiller, un acteur de sa vie, et un acteur efficace qu’on renvoie à ses pénates en cas d’échec. Et ils sont nombreux les échecs, et l’on est en permanence en colère contre ses Dieux autant que jaloux de ceux des autres qui réussissent … Aussi, faute de dieux efficaces, avec airbag et turbo, l’homme, en général et en particulier, se rabat sur le moins traître de ces Dieux légers comme l’air dont on les gonfle, lui-même. Après tout, l’homme est l’image de Dieu, n’est-il pas ?

Donc, de nos jours comme depuis toujours, le miroir est le principal Dieu du foyer, et de l’humanité. Tout est fait à son image, à sa propre image s’entend, et à son profit, à sa gloire, à sa réussite. Partant de là, tout ce qui n’est pas un regard sur soi, sur ‘son Dieu’ n’existe pas. La seule chose que les Nihilistes n’excluent pas, c’est eux-mêmes.  L’univers est au service des « Soimêmes », avec ses stations-services dorées, ses divertissements, ses jeux de rôle télévisuels, ses lieux de consommation devenus lieux de rencontre, c’est à dire de voyeurisme et de nombrilisme. Orwell et Huxley n’ont fait que caricaturer, que singulariser au futur ce qui est, de toute éternité, pour l’instant.

L’homme n’a qu’un regard et c’est le regard sur soi-même ; ses autres regards, qu’il risque souvent malgré lui, lui sont dépendants. Le miroir est le maître, le Dieu. Car l’homme est croyant, malgré lui. Il croit en lui faute de pouvoir, et de vouloir croire en autre chose. Mais il ne peut pas ne pas croire. Si le miroir est le mode par défaut de l’homme socialisé, la foi est celui de l’homme naturel, la foi que suscite l’espoir, l’espoir inné, l’espoir du mieux, du bien. Pour que l’homme sorte un jour de sa nasse, de son trou noir, il lui faut la foi, la vraie foi, celle qui est incorporée à la naissance de tout être vivant, la foi qui est le moteur de l’âme sans laquelle celle-ci ne peut aller en avant, ne peut vivre.

La ‘vraie foi’ de l’homme est celle du bien, et de son partage en tant que tous nous avons cette capacité qui est en même temps une réalisation, cette possibilité de faire du bien, ce joyau de l’espèce humaine. Faire du bien est la touche finale de l’évolution universelle, la cerise sur le gâteau du monde, la seule preuve que l’homme est un homme, et pas un kapo de sa race. Car il y a des traîtres, des traitrises, des mensonges bien plus que de tendresse et de partage, hein ? Bref, c’est pas le sujet. Donc, sans une foi commune et absolue qui ne peut venir que de l’intérieur de chacun pour pouvoir être partagée, l’homme restera à patauger isolé et perdu au milieu ‘des siens’ qui ne le sont pas, et à en crever, pour rien …

Heureusement que la foi soulève les montagnes car c’en est une plutôt pas petite que celle de l’état de l’humanité, peuchère !! Pour se retrouver, soi-même autant que l’autre, il faut se recentrer sur sa nature fondamentale, qui a tous les avantages, la nature humaine. L’individu n’est pas seulement Musulman, Juif, Bouddhiste, Américain, Indien, Chinois, Genevois mais plus que tout ça, plus qu’il ne peut imaginer, il est un homme, un être capable du bien, un Homme de Bien, une – véritable image de Dieu, pas la réflexion d’une image obscure, déformée, réductrice comme apparait dans le miroir celle de l’homme social, l’homme esclave du vide de sa nature qu’il a prétendu remplacer. Soit ignare, soit infâme, choisissez. Heureux animal qui dans le miroir ne voit que ce qui y est ! Conscience de la conscience, science à venir ? (et d’urgence svp). Africa ! Retourne à tes fétiches plutôt que d’adopter ceux des blancs ; au moins, c’était les tiens.



















2017/12/17

Santa famiglia




De la même façon qu’une assemblée d’hommes est du domaine de l’idée et non de la réalité, l’individu, l’être humain pris isolément et auquel on attribue un ensemble de fonctions, de droits et de devoirs, n’est qu’une image, une abstraction.

La métaphysique humaine oscille entre deux concepts. Les humains sont pris soit dans leur ensemble, soit isolément. Sur de telles bases chimériques, aucune réflexion si brillante soit-elle ne saurait accoucher d’une seule pensée valide, d’une seule théorie réelle. Seules des chimères naissent d’accouplements imaginaires que la nature n’a jamais créés.

Un être humain isolé n’existe pas, n’a jamais existé pas plus que les concepts qui prétendent légitimer des groupements de populations quels qu’ils soient. La base unique et inaltérable, la brique fondamentale de la société humaine est la famille, cette même famille qui s’est désagrégée au cours des cent dernières années (1917/2017).

Ce qui a fait le plus de tort à la famille n’est pas cependant le communisme mais son opposite, la religion. Tous les grands mouvements qui prétendent régir les peuples commencent par s’approprier le symbole de la famille, soit en la détruisant par divers moyens, soit en l’annexant. La famille n’existe dans la société que pour être subjuguée ou annihilée, au pire, décriée et abusée au mieux …

La majorité des drames humains naissent dans les familles du fait principalement du besoin de domination qu’elles permettent d’assouvir aux hommes abrutis et vils, tandis que celles qui sont fortes deviennent le noyau des dominations sociales. La famille dans l’histoire de l’homme n’a existé que pour son malheur, individuel et collectif …

Parce qu’elle n’a jamais été considérée comme ce qu’elle est, bien qu’on se serve d’elle pour lui faire jouer les rôles les plus néfastes, la famille est la planche de salut de l’humanité. Elle l’a été malgré les sévices dont elle a été la cause involontaire tant que les hommes ont vécu relativement isolément. Or, depuis cent ans, toujours, et c’est si peu, la famille se désintègre. La famille est la bouée de sauvetage de l’humanité si elle réussit à s’émanciper du dualisme réducteur individu, société.

Les trois symboles de la république française sont vides. La liberté n’existe pas car elle est bornée par celle de ses semblables et les conditions matérielles, l’égalité ne peut être que vis-à-vis de lois s’appliquant à un ensemble social et non à chaque individu et la fraternité n’est qu’un leurre sanglant. Par contre, ces mêmes concepts trouvent au sein de la famille naturelle leur lieu d’épanouissement et, faute d'être mis en oeuvre au sein de la famille, ils ne le seront nulle part !

On peut juger de la valeur d’une société en examinant la place qu’y tient la structure familiale. Si les avantages humains ne concernent que les individus ou leur ensemble réduit à ceux qui ‘réussissent’, comme ça a été toujours le cas, et qui paradent au sommet par la gloire, la richesse, le pouvoir, et jamais la famille en tant que telle, si les familles sont à la traine de l’essor individuel, comme en occident, ou du bien commun comme en Chine, la société humaine n’en est pas une mais un ramassis d’intérêts égoïstes ou un esclavage déguisé.

Si on emplit les symboles de sens concret, un seul mot les résume : amour, et amitié, tendresse, compassion, attention, respect … Ces valeurs sont précisément celles dont la famille constitue la structure idéale pour leur développement. Relations entre époux, entre parents et enfants et enfants entre eux sont fondées sur les critères les plus hauts de relations sociales. Chaque famille est un arbre de la forêt humaine à l’image des arbres généalogiques !

Quand vous apercevez un groupe d’animaux sauvages, il s’agit dans tous les cas d’une famille se composant de plusieurs générations qui ne se sont jamais quittées, qui se sont transmis le savoir, qui se sont entraidés. C’est l’exemple qu’il faut méditer. C’est la clé de la survie de l’humanité car l’homme avant que d’être un être social est un être naturel, ou plutôt, sa réussite sociale, sa pérennité n’existent que par la nature, par la famille, la « sainte famille » qui n’est ni l’illusion des chrétiens, ni le sérail afro-arabe, ni le despotisme oriental pour parler des sociétés où cette notion existe encore et qui d'ailleurs prennent le pas sur celle soi-disant plus avancée de l'occident.

Selon le critère de la famille, les seules sociétés qui ont 'réussi' sont les peuples 'primitifs' qui ont survécu ignorés de la folie mondiale au sein des forêts d'Amazonie ou d'Inde. La famille doit être la 'mesure sociale'. Ce qui est bon pour elle l'est aussi pour l'individu et la communauté.












Père ... une injure. Mère ... une obsénité: Brave New World ...

"Rien de tel que la pénurie d’oxygène pour maintenir un embryon au-dessous de la normale.
De nouveau, il se frotta les mains.

— Mais pourquoi voulez-vous maintenir l’embryon au-dessous de la normale ? demanda un étudiant ingénu.
— Quel âne ! dit le Directeur, rompant un long silence. Ne vous est-il jamais venu à l’idée qu’il faut à un embryon d’Epsilon un milieu d’Epsilon, aussi bien qu’une hérédité d’Epsilon ?

Cela ne lui était évidemment pas venu à l’idée. Il fut couvert de confusion.

— Plus la caste est basse, dit Mr. Foster, moins on donne d’oxygène. Le premier organe affecté, c’est le cerveau. Ensuite le squelette. À soixante-dix pour cent d’oxygène normal, on obtient des nains. À moins de soixante-dix pour cent, des monstres sans yeux.
— Lesquels ne sont absolument d’aucune utilité, dit Mr. Foster pour conclure. Tandis que (sa voix se fit confidentielle, avide d’exposer ce qu’il avait à dire) si l’on pouvait découvrir une technique pour réduire la durée de maturation, quel bienfait ce serait pour la société !
— Considérez le cheval.

Ils le considérèrent.

— Mûr à six ans ; l’éléphant à dix. Alors qu’à treize ans un homme n’est pas encore mûr sexuellement, et n’est adulte qu’à vingt ans. D’où, bien entendu, ce fruit du développement retardé : l’intelligence humaine.
— Mais chez les Epsilons, dit fort justement Mr. Foster, nous n’avons pas besoin d’intelligence humaine. On n’en a pas besoin, et on ne l’obtient pas."

Huxley, Meilleur des mondes




2017/12/03

Biribi




Extraits:

« Les femmes, le jeu, l’alcool, voilà les trois produits de notre civilisation avec lesquels nous faisons honte aux indigènes de leurs moeurs grossières et sauvages.

Quant aux enfants – aux mouchachous – ils donnent les plus belles espérances. Ils vous disent : « Et ta soeur ! » – en français – et vous taillent des basanes – en français. – On en trouve même qui commencent par parler argot ; qui ne savent pas dire : pain – mais qui disent : du gringle ; – qui ignorent la viande, mais qui connaissent la bidoche ; – voire même la barbaque. »

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« La discipline, c’est la peur. Il faut que le soldat ait plus peur de ce qui est derrière lui que de ce qui est devant lui ; il faut qu’il ait plus peur du peloton d’exécution que de l’ennemi qu’il a à combattre. »


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« Je ne dors pas. Je pense.

Je pense à cette armée que je vais quitter. Je l’envisage
froidement, laissant de côté toutes mes haines.
C’est une chose mauvaise. C’est une institution malsaine,
néfaste.

L’armée incarne la nation. L’histoire nous met ça dans la tête, de force, au moyen de toutes les tricheries, de tous les mensonges.
Drôle d’histoire que celle-là ! Dix anecdotes y résument un siècle, une gasconnade y remplit un règne. Batailles ! batailles ! Combats ! Elle a osé fourrer la Révolution dans la sabretache des généraux à plumets et jusque dans le chapeau de Bonaparte, comme elle a fait bouillir le grand mouvement des Communes qui précéda la bataille de Bouvines dans le chaudron où les marmitons de Philippe-Auguste ont écumé une soupe au vin. Elle prêche la haine des peuples, le respect du soudard, la sanctification de la guerre, la glorification du carnage…


Ah ! Mascarille ! toi qui voulais la mettre en madrigaux, l’Histoire !


Elle nous a donné le chauvinisme, cette histoire-là ; le chauvinisme, cette épidémie qui s’abat sur les masses et les pousse, affolées, à la recherche d’un dictateur.

L’armée incarne la nation ! Elle la diminue. Elle incarne la force brutale et aveugle, la force au service de celui qui sait lui plaire et – c’est triste à dire, mais c’est vrai – de celui qui peut la payer.
« Cela s’est fait, mais ne se fera plus. » Si, la blessure ne se guérira point. La gangrène y est.


L’armée, c’est le réceptacle de toutes les mauvaises passions, la sentine de tous les vices. Tout le monde vole, là-dedans, depuis le caporal d’ordinaire, depuis l’homme de corvée qui tient une anse du panier, jusqu’à l’intendant général, jusqu’au ministre. Ce qui se nomme gratte et rabiau en bas s’appelle en haut boni et pot-de-vin

Tout le monde s’y déteste, tout le monde s’y envie, tout le monde s’y torture, tout le monde s’y espionne, tout le monde s’y dénonce. Cela, au nom de soi-disant principes de discipline dégradante, de hiérarchie inutile. Avoir un grade, c’est avoir le droit de punir. Punir toujours, punir pour tout. De peines corporelles, naturellement ; celles-là seules sont en vigueur… Ah ! C’est triste qu’un bout de galon permette à un homme de mettre en prison son ennemi – ou de faire fusiller son camarade.


L’armée, c’est le cancer social, c’est la pieuvre dont les tentacules pompent le sang des peuples et dont ils devront couper les cent bras, à coups de hache, s’ils veulent vivre.

Ah ! Je sais bien : le patriotisme !… Le patriotisme n’a rien à faire avec l’armée, rien ; et ce serait grand bien, vraiment, s’il n’était plus l’apanage d’une caste, la chose d’une coterie, l’objet curieux que des escamoteurs ont caché dans leur gibecière, et qu’ils montrent de temps en temps, mystérieux et dignes, à la foule béante qui applaudit.

Ce sentiment-là, je crois, n’est pas forcément cousu au fond d’un pantalon rouge. Il y a peut-être autant de patriotisme dans l’écrasement banal d’un maçon qui tombe d’un échafaudage ou dans la crevaison ignorée d’un mineur foudroyé par un coup de grisou, que dans la mort glorieuse d’un général tué à l’ennemi.

Et il y a de bons patriotes, voyez-vous, qui haïssent la guerre, mais qui la feraient avec joie – si l’on tentait d’assassiner la France – parce qu’ils auraient l’espoir grandiose, ceux-là, non pas d’écraser un peuple, mais d’anéantir, avec le gouvernement qui le régit, toutes les tendances rétrogrades, féodales, anachroniques – le caporalisme. »


(…)

« Quatre faubouriens, sur les sept que nous sommes. Quatre ouvriers qui vont reprendre leur métier, en arrivant, avec la misère qui les guettera au coin de l’établi et la débauche qui leur fera signe, au premier tournant de la rue. Rien à attendre d’eux, rien. Des récits fantastiques de leurs campagnes, peut-être, des histoires à dormir debout, des exagérations idiotes, des hâbleries…

Ah ! il n’y a pas de danger qu’ils aillent porter, dans l’atelier, sur les chantiers, le récit sincère de ce qu’ils ont vu, de ce qu’ils ont enduré, – la haine du militarisme ! On les retrouvera arrêtés, badauds imbéciles, sur les boulevards où défilent les griffetons, au son d’une musique de sauvages ; à Longchamps, les jours de revue, et l’on pourra les entendre applaudir, bien fort, au passage d’un général peinturluré comme une image d’Épinal, d’un colonel dont le plumet se dresse, au-dessus du shako, comme un pinceau de treize sous au-dessus d’un pot à colle.

À quoi ça leur sert-il d’avoir souffert ?…


Des animaux, alors ? Pas même. Des bêtes sans rancune.


Et les autres : Le premier est un garçon instruit, un éduqué que je connais peu. Il se livre à des comparaisons très intéressantes entre la végétation africaine et celle de la France.
Ces comparaisons me font suer.

Le second, c’est cet imbécile de Lecreux. Il est libéré en même temps que moi. Je ne lui ai pas dit quatre mots, je crois, depuis que nous sommes partis d’Aïn-Halib. C’est égal, je serais curieux de savoir à quoi il peut penser, cet être-là. Je vais le lui demander. Je l’appellerai « mon vieux Lecreux. » Ça le flattera.
– Mon vieux Lecreux, tu ne dis rien. À quoi penses-tu ?

– Je pense à une pièce de vers que j’ai faite…
Il fait des vers ! J’aurais dû m’en douter !…

– Que j’ai commencée, plutôt, à Aïn-Halib. Je veux arriver à démontrer l’inanité de tout système philosophique. Je viens justement de trouver deux vers. Tiens, les voici :
Pythagore, Solon, Socrate et Cicéron
Ont discouru longtemps sans rien dire de bon…

– Comment trouves-tu ça ?
– Fous-moi la paix !
– Tu dis ?
– Fous-moi la paix, ou je te casse la gueule !
Ils se sont tous retournés. Ils m’ont cru fou. Tant pis pour eux.


Le train siffle longuement. – Il entre en gare. – Il s’arrête.

Je descends en courant ; je me sauve ainsi qu’un voleur, sans faire d’adieux, sans serrer une main, sans rien dire à personne
– à personne !

J’ai envie de pleurer de rage…

* * * * * * * * * *

Où suis-je ? Sur le boulevard Saint-Germain, près du pont Sully. Je suis venu là tout d’une traite, en grandes enjambées, sans regarder derrière moi, comme si j’avais la police à mes trousses.


Ainsi, je suis à Paris ? Tiens ! Comme c’est tranquille !


C’est drôle, je me figurais autre chose. Mon rêve a glissé sur le pavé gras dont la pente mène à l’égout, et s’en va à vau-l’eau, maintenant, roulé par les flots sales de ce fleuve qui coule, bête et jaune, dans les brumes grises, et dont le courant se partage, au tranchant des piles du pont, sans un bruissement, sans un bruit, sans une écume.

Les maisons aux hautes façades pâles, aux fenêtres mornes, les longues avenues au sol cendré et froid où tremblotent les squelettes ridicules des arbres violets, le ciel blafard et décoloré comme une vieille bâche, les silhouettes vilaines des édifices mangés par les vapeurs caligineuses que piquent déjà les points jaunes des becs de gaz, les taches noires et frissonnantes des passants qui glissent vite, silencieusement…

Ils ne me regardent même pas, ces passants… Si. Une jeune fille a jeté sur moi un coup d’oeil étonné et je l’ai entendue qui disait tout bas à sa compagne :
– Comme il est noir !
Comme il est noir !… C’est tout.


Alors, on ne voit rien sur ma figure ? Il n’y a rien d’écrit, sur mon visage ? Les souffrances n’y ont pas laissé leur marque, les insultes n’y ont pas imprimé leur stigmate. Et l’on ne peut même pas, sur mes membres, comme sur l’échine d’une bête maltraitée, compter les coups que j’ai reçus, dénombrer toutes mes cicatrices !
Ah ! Pourquoi ne m’a-t-on pas meurtri le corps, au lieu de me torturer l’âme ? Pourquoi la honte ne m’a-t-elle pas cinglé comme un fouet ? Pourquoi les douleurs n’ont-elles point été des couteaux et les affronts des fers rouges ? Je pourrais montrer les blessures de ma peau, au moins, puisque je ne peux faire voir les plaies saignantes de mon coeur. Je pourrais mettre ma chair lacérée sous les yeux des indifférents et fourrer dans mes ulcères les doigts blagueurs des incrédules !


Le découragement m’assomme.
Un désir violent me saisit. Une envie atroce me tenaille : je voudrais être Lecreux.
Je ne souffrirais pas comme ça, je ne ressentirais pas le mal lancinant qui me point. Et je m’écrierais gaîment, ce soir, à table, en débouchant une bouteille :
– En voilà une que les chaouchs ne boiront pas !

Ce serait toute ma vengeance, ma foi ! et, après, je ne songerais plus au passé. Je n’aurais même pas la peine d’empêcher les souvenirs d’autrefois de se présenter à mon esprit. Je n’y penserais point, à cet autrefois – naturellement – pas plus qu’on ne pense à un médicament amer qu’on a avalé, à une tache de boue qui a sali vos vêtements et qu’un coup de brosse efface…


Ma vengeance !… Est-ce que je veux me venger ?
Oui, si c’est se venger que d’ouvrir devant tous le livre de son existence, de montrer ce qu’on a souffert, de dire ce qu’on a pensé.
Je veux faire cela à présent. Si c’est vengeance, tant pis ; et si c’est justice, tant mieux.

Je crois que ce sera justice, simplement. La haine me gonfle le coeur, c’est vrai. Mais elle est trop forte, je le sens bien, pour pouvoir jamais s’assouvir – ou se calmer. Elle ne me quittera plus, maintenant ; et c’est elle qui mettra un frein à mes emportements et brisera mes colères. Mais c’est elle aussi qui, calme et froide, me montre déjà le pilori auquel je dois clouer, ainsi qu’une pancarte au-dessus de la tête des malfaiteurs, l’ignominie de mes bourreaux.


Je m’enfonce dans les profondeurs du boulevard désert. La nuit est tombée. Le brouillard s’est épaissi…
C’est dans une nuit plus noire encore que les opprimés doivent élever la voix. C’est dans une obscurité plus grande qu’ils doivent faire éclater la trompette aux oreilles de la Société – la
Société, vieille gueuse imbécile qui creuse elle-même, avec des boniments macabres, la fosse dans laquelle elle tombera, moribonde – sandwich qui se balade, inconsciente, portant, sur les écriteaux qui pendent à son cou et font sonner ses tibias, un grand point d’interrogation – tout rouge. »


Paris, 1888.

FIN

Georges Darien





2017/11/30

H pour Harmonie




Si chaque atome de matière, chaque créature vivante est en quelque sorte une corde qui vibre, pour que l’univers ne soit pas un chaos et parte dans tous les sens, pour que nous assistions à l’éclosion magnifique de tout ce qui est, il faut une harmonie et la seule harmonie possible vient de l’accord des parties, un accord non pas imprimé à la surface à posteriori mais implanté au cœur de chaque élément, un « la » universel permettant l’accord de toute chose et leur développement harmonieux, une ‘Mélodie secrète’ dirait Trin Xuan Thuan, un but uniforme aussi probable que l’arrivée d’une flèche tirée par un archer sur un timbre-poste placé au confins de l’univers.

Cet exploit sans nom, ce miracle impossible, c’est la vie. Le sentiment imbriqué dans toute créature vivante qu’il fait partie de cette odyssée incroyable mais vraie. La constante est celle de la vie, le but est de vivre. Si simple que cela paraisse, cela dépasse toutes les perspectives humaines, les rêves les plus fous. Quoique l’homme soit capable de nier, et de justifier la négation, d’Aristote aux Rabbins en passant par Dupond et Dupont, la vie nécessite une approbation et c’est elle qui blesse, c’est là le nœud Gordien de l’humanité. Se voir supérieur à la nature. Se croire au-dessus, au-delà des fonctions fondamentales, se considérer différent, se vanter de posséder la maitrise de ce qui est.

Et cependant, se dissocier de son origine est la perte la plus grande que puisse faire l’humanité. Pour de vaines légendes sorties d’une imagination étroite et vaine, pour des images creuses ou des vanités malfaisantes, l’homme se sépare de la seule chose dont il peut se valoir, de la seule chose qui fait de lui un grand parmi les grands de l’univers, sa vie naturelle, son essence de vie, son immortalité pourrait-on penser aussi ou, au moins, son lien avec l’infini que représente la vie qui est en lui. Les sociétés humaines ont été jusqu’à présent bien plus des étouffoirs de progrès, d’initiatives individuelles et collectives, locales et régionales que le contraire malgré tous les soi-disant progrès effectués qui d’ailleurs s’effondrent les uns après les autres.


Seul le soleil éclaire tout le monde, pour l’instant … En conclusion, si l'humanité est divisée et soumise, c'est qu'elle ne cherche pas son unité là où il faut. Ce n'est pas un signe extérieur, drapeau, slogan, théorie, croyance qui remplacera jamais la seule racine commune de tous ces hommes qui se veulent si différents les uns des autres, et pour ce faire différents d'eux-mêmes, mais un retour à notre nature première d'êtres vivants. Encore faut-il le vouloir !! La seule chose à laquelle l'homme peut devenir supérieur, c'est lui-même ...



















(google CRISPR)






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Extraits, Georges Darien, 'Le voleur'


"Instruction ; éducation. On m’élève. Oh ! L’ironie de ce mot la !…
Éducation. La chasse aux instincts. On me reproche mes défauts ; on me fait honte de mes imperfections. Je ne dois pas être comme je suis, mais comme il faut.
Pourquoi faut-il ?… On m’incite à suivre les bons exemples ; parce qu’il n’y a que les mauvais qui vous décident à agir.

On m’apprend à ne pas tromper les autres ; mais point à ne pas me laisser tromper.
On m’inocule la raison – ils appellent ça comme ça – juste à la place du coeur. Mes sentiments violents sont criminels, ou au moins déplacés ; on m’enseigne à les dissimuler.
De ma confiance, on fait quelque chose qui mérite d’avoir un nom : la servilité ; de mon orgueil, quelque chose qui ne devrait pas en avoir : le respect humain.
Le crâne déprimé par le casque d’airain de la saine philosophie, les pieds alourdis par les brodequins à semelles de plomb dont me chaussent les moralistes, je pourrai décemment, vers mon quatrième lustre, me présenter à mes semblables.
J’aurai du savoir-vivre. Je regarderai passer ma vie derrière le carreau brouillé des conventions hypocrites, avec permission de la romantiser un peu, mais défense de la vivre.

J’aurai peur.
Car il n’y a qu’une chose qu’on m’apprenne ici, je le sais ! On m’apprend à avoir peur.
Pour que j’aie bien peur des autres et bien peur de moi, pour que je sois un lieu-commun articulé par la résignation et un automate de la souffrance imbécile, il faut que mon être moral primitif, le moi que je suis né, disparaisse.
Il faut que mon caractère soit brisé, meurtri, enseveli. Si j’en ai besoin plus tard, de mon caractère – pour me défendre, si je suis riche et pour attaquer, si je suis pauvre – il faudra que je l’exhume. Il revivra tout à coup, le vieil homme qui sera mort en moi – et tant pis pour moi si c’est un épouvantail qui gisait sous la dalle ; et tant pis pour les autres si c’est un revenant dont le suaire ligotait les poings crispés, et qui a pleuré dans la tombe !
Et souvent, il n’y a plus rien derrière la pierre du sépulcre.
La bière est vide, la bière qu’on ouvre avec angoisse. Et quelquefois, c’est plus lugubre encore.
Les rivières claires qui traversent les villes naissantes… On jette un pont dessus, d’abord ; puis deux, puis trois ; puis, on les couvre entièrement. On n’en voit plus les flots limpides ; on n’en entend plus le murmure ; on en oublie même l’existence, Dans la nuit que lui font les voûtes, entre les murs de pierre qui l’étreignent, le ruisseau coule toujours, pourtant. Son eau pure, c’est de la fange ; ses flots qui chantaient au soleil grondent dans l’ombre ; il n’emporte plus les fleurs des plantes, il charrie les ordures des hommes. Ce n’est plus une rivière ; c’est un égout.

Je ne suis pas le seul, sans doute, à avoir deviné la tendance malfaisante d’un système qui poursuit, avec le knout du respect, l’unité dans la platitude. L’enfant a l’orgueil de sa personnalité et le fier entêtement de ce qu’on appelle ses mauvais instincts."



"L’ironie n’est pas rare chez lui ; et il se venge par sa moquerie, toujours juste, du personnage ou de la doctrine qui cherche à peser sur lui. Mais la raillerie n’est pas assez forte pour la lutte.
De là ce mélange de douceur et d’amertume, de patience et de méchanceté, de confiance large et de doute pénible que je remarque chez plusieurs de mes camarades – toujours enfants très heureux ou très malheureux dans leurs familles – et qui se résout dans une tristesse noire et une inquiétude nostalgique.
Non, le sarcasme ne suffit point. Ce n’est pas en secouant ses branches que le jeune arbre peut se débarrasser de la liane qui l’étouffe ; il faut une hache pour couper la plante meurtrière, et cette hache, c’est la Nécessité qui la tient. C’est elle qui m’a délivré.
Il y a une chose que je sais et qu’aucun de mes camarades ne sait encore : je sais qu’il faut vivre.

Je sais qu’il faut avoir une volonté, pour vivre, une volonté qui soit à soi – qui ne demande ni conseil avant, ni pardon après.
Je sais que les années que je dois encore passer au collège seront des années perdues pour moi. Je sais que les avis qu’on me donnera seront mauvais, parce qu’on ne me connaît point et que je ne suis pas un être abstrait. Je sais que ce qu’on m’enseignera ne me servira pas à grand-chose ; qu’en tous cas j’aurais pu l’apprendre tout seul, en quelques mois, si j’en avais eu besoin ; et qu’il n’y a, en résumé, qu’une seule chose qu’il faille savoir, « Nul n’est censé ignorer la loi. » Est-ce que c’est classique, ça, ou simplement péremptoire ?

– La morale, dit-il, est une chose excellente en soi, et même nécessaire. Mais il faut qu’elle reste en rapports étroits avec les réalités présentes ; qu’elle en soit, plutôt, la directe émanation.
Jusqu’à une certaine époque, le XVIe siècle si vous voulez, toute théologie, et par conséquent toute morale, était basée sur sa cosmogonie. Le vieux système de Ptolémée s’est écroulé ; mais le monde moral à trois étages qui s’appuyait sur lui : enfer, terre et ciel, lui a survécu ; c’est un monument qui n’a plus de base.
La morale doit évoluer, comme tout le reste ; elle doit toujours être la conséquence des dernières certitudes de l’homme ou, au moins, de ses dernières croyances. La transformation d’un univers, divisé en trois parties et formellement limité, en un autre univers infini et unique devait entraîner la métamorphose d’un système de morale qui n’était plus en concordance avec le monde nouveau ; il est regrettable que cette nécessité n’ait été comprise que de quelques esprits d’élite que les bûchers ont fait disparaître. Il en résulte que notre vie morale actuelle, si elle est incorrecte devant le critérium conservé, prend les allures d’une protestation contre quelque chose qui n’existe point ; et qu’elle manque de signification, si elle est correcte. C’est très malheureux…"



 "Non, pas d’idéal ; d’aucune sorte. 
Je ne veux pas avoir ma vie obscurcie par mon ombre."



"Le vieux précepte : « Tu ne voleras pas » est excellent ; mais il exige aujourd’hui un corollaire : « Tu ne te laisseras pas voler. » Et dans quelle mesure faut-il ne pas voler, afin de ne point se laisser voler ?
Croyez-vous que ce soient les Codes qui indiquent la dose ? Certes, il y a de nombreuses fissures dans les Tables de la Loi ; et la jurisprudence est bien obligée de les élargir tous les jours ; je pense pourtant que ce n’est point suffisant, je ne vous parlerai pas de la façon dont les foules, en général, interprètent les principes surannés qui ont la prétention ridicule de diriger la conscience humaine ; mais avez-vous remarqué comme les magistrats, les juges, lorsqu’ils y sont forcés, exposent pauvrement la morale ? J’ai voulu m’en donner une idée, et j’ai visité les prétoires. Monsieur, c’est absolument piteux. Mais comment voulez-vous qu’il en soit autrement ?… Les conséquences d’un pareil état de choses sont pénibles ; il produit forcément la division de l’Humanité en deux fractions à peu près égales : les bourreaux et les victimes. Il faut dire qu’il y a des gradations. Si vous êtes bourreau, vous pouvez être usurier comme vous pouvez être philanthrope ; si vous êtes victime, vous pouvez être le sentimentaliste qui soupire ou la dupe qu’on fait crever… Il me semble que les grands prophètes hébreux, qui furent les plus humains des philosophes, ont donné, il y a bien longtemps – à l’époque où ils lançaient les glorieuses invectives de leur véhémente colère contre un Molochisme dont celui d’aujourd’hui n’est que la continuation mal déguisée – ont donné, dis-je, quelque idée de la morale qu’ils prévoyaient inévitable. « Ne méprise pas ton corps », a dit Isaïe. Monsieur, je ne connais point de parole plus haute. – Riche ! ne méprise pas ton corps ; car les excès dont tu seras coupable se retourneront contre toi, et la maladie hideuse ou la folie plus hideuse encore feront leur proie de tes enfants ; tu ne peux pas faire du mal à ton prochain sans mépriser ton corps. Pauvre ! ne méprise pas ton corps ; car ton corps est une chose qui t’appartient tu ne sais pas pourquoi, une chose dont tu ignores la valeur, qui peut être grande pour tes semblables, et que tu dois défendre ; tu ne peux pas laisser ton prochain te faire du mal sans mépriser ton corps.

– Ça, voyez-vous, c’est une base, il est vrai qu’elle est individualiste, comme on dit. Et l’individualisme n’est pas à la mode…

Parbleu ! Comment voudriez-vous, si l’individu n’était pas écrasé comme il l’est, si les droits n’étaient pas créés comme ils le sont par la multiplication de l’unité, comment voudriez-vous forcer les masses à incliner leurs fronts, si peu que ce soit, devant cette morale qui ne repose sur rien, chose abstraite, existant en soi et par la puissance de la bêtise ? C’est pourquoi il faut enrégimenter, niveler, former une société – quel mot dérisoire ! – à grands coups de goupillon ou à grands coups de crosse. Le goupillon peut être laïque ; ça m’est égal, du moment qu’il est obligatoire. Obligatoire ! tout l’est à présent : instruction, service militaire, et demain, mariage. Et mieux que ça : la vaccination. La rage de l’uniformité, de l’égalité devant l’absurde, poussée jusqu’à l’empoisonnement physique ! Du pus qu’on vous inocule de force – et dont l’homme n’aurait nul besoin si la morale ne lui ordonnait pas de mépriser son corps ; – de la sanie infecte qu’on vous infuse dans le sang au risque de vous tuer (comptez-les, les cadavres d’enfants qu’assassine le coup de lancette !) du venin qu’on introduit dans vos veines afin de tuer vos instincts, d’empoisonner votre être ; afin de faire de vous, autant que possible, une des particules passives qui constituent la platitude collective et morale…
C’est le prestige abrutissant de leur science charlatanesque qui est arrivé à donner aux êtres la peur de l’existence, ce souci du lendemain qui avilit, cette résignation égoïste et dégradante ; c’est la cruauté de leur science impitoyable et sanglante qui incite les êtres à tuer leurs petits. Eh ! bien, moi, je pense que les riches qui tuent leurs gosses mériteraient qu’on leur coupât le cou ; et quant aux pauvres qui en font autant, je pense qu’il faut qu’ils soient rudement lâches pour aimer mieux assassiner leurs petits que de faire rendre gorge aux gredins qui leur enlèvent les moyens de les élever."



"La philanthropie en passant ses béquilles sous les bras des malheureux, 
les rend incurablement infirmes."



"Permettez-moi de vous donner un exemple. Les mineurs du bassin de la Loire possèdent presque tous la petite maison et le jardin dont vous parlez ; ils y vivent bien, ne se refusent pas grand’chose. Monsieur, il n’y a pas d’êtres plus insatiables et plus tyranniques envers leurs patrons. Ils ne sont jamais contents, bien qu’ils soient parvenus à arracher des salaires exorbitants, et vont mettre sur la paille, un de ces jours, les capitalistes qui les emploient. Les mineurs des départements du Nord, au contraire, habitent des tanières infectes, vivent de pommes de terre avariées, croupissent dans la plus abjecte destitution ; eh ! bien, ils ne se plaignent pas, ou d’une façon si timide que c’en est ridicule ; savez-vous pourquoi ? Parce que l’habitude de la misère les oblige à la résignation. Et il est inutile de vous dire si les actions des mines qu’ils exploitent valent de l’or en barre !"



"Un bâtiment occupé n’a pas du tout la même odeur qu’une maison que ses habitants ont quittée, serait-ce seulement depuis deux heures. La différence est énorme, bien que les honnêtes gens ne s’en aperçoivent pas ; leur sensibilité olfactive est tellement émoussée ! Mais, sous la pression de la nécessité, le sens de l’odorat se développe chez le malfaiteur, acquiert une finesse remarquable et lui assure la notion des odeurs, des particules impalpables des corps, dont le commun des mortels ne soupçonne même pas l’existence. Le voleur, enfant de la nature, sait flairer la présence de ses contemporains civilisés. Mille indices, imperceptibles à la Vertu planant sur les plus hauts sommets, sont facilement déchiffrables pour le crime habitué à ramper bestialement dans la poussière d’ici-bas. Le vice a ses petites compensations."



"Des oeufs brouillés symbolisent pour lui l’état présent de la Société, 
dédaigneuse de l’harmonie nécessaire."

  

"La Société !
C’est la coalition des impuissances lépreuses. Quel est donc l’imbécile qui a dit le premier qu’elle avait été constituée par des Forts pour l’oppression des Faibles ? 
Elle a été établie par des Faibles, et par la ruse, pour l’asservissement des Forts. 
C’est le Faible qui règne, partout ; le faible, l’imbécile, l’infirme ; c’est sa main d’estropié, sa main débile, qui tient le couteau qui châtre…"