2026/10/13

« sof kon sof »

 


« La faculté supérieure de l’intelligence, c’est la faculté de décision. »

Olivier de Kersauson


Or, qu’est-ce qu’une décision ? C’est l’expression du libre arbitre, uniquement l’expression.

Le libre arbitre, lui est l’expression de la conscience, ce flux de lumière invisible qui nous porte, ce moi diffus fait d’espérance, cette corde qui nous rattache à tout et à tous et plus encore, à l’infini. L’infini de l’être est notre cabane, notre océan, notre domaine.

Sans-fin. « eïn sof ».

L’origine de l’univers, l’origine de l’homme, l’origine d la vie, autant d’impasses pour la science déterministe, autant de culs de sac car la question est mauvaise, même pas fausse ! Nous avons l’habitude de rechercher le début et la fin des choses. Tout doit avoir un commencement et une fin, n’est-ce pas ?

Une fin, surtout. Si nous commençons quelque chose, c’est pour arriver à la fin, à un résultat qui confirmera notre valeur, qui sera une raison d’être à encadrer à côté des précédentes, et puis, la fin justifie les moyens, dit-on, la fin amène une couronne, un vainqueur, que sais-je ? Esclaves de la fin !!

En juin1986, j’étais venu pour la première fois en israël passer un mois au Kvutzat Yavné. Le matin, on récoltait des cornichons et l’après-midi on les triait. Le soir, dans les couloirs passait une ombre qui disait ‘sof kon sof’, un idiot, un innocent, un autiste dirait-on aujourd’hui. Gentil garçon à part ça. Je ne parlais pas un mot d’hébreu, mais cette phrase m’est restée.

Elle signifie: à la fin des fins. Il la prononçait de façon affirmative, comme une sentence et à la fois un soulagement, avec une nuance d’espérance. C’était son eurêka, sa vision, son mantra: le but de la vie, dans sa vision sommaire, était d’arriver à une fin, chose qu’il ne pourrait jamais atteindre, lui, l’être mal cuit. 

Quelle femme voudrait de lui pour créer un foyer et élever des enfants ? Dans quelle profession réussira t-il ? Qui jamais verra en lui quelqu’un avec qui on peut compter ? Son rêve unique et ultime est d’arriver à un but, à atteindre une fin, à accomplir quelque chose dans la société et, sachant qu’il ne pourra pas, il marche en portant son idole à bout de bras.


Comme lui, nous soumettons nos vies à l’accomplissement d’un but, de réalisations, d’achèvements, de décisions, sans nous apercevoir que nous prenons la pointe émergée de l’iceberg pour sa totalité. Je ne dis pas que tendre vers un but est mal, bien au contraire, mais que le but à atteindre n’est que le squelette de l’homme, la crête d’une vague, la ponctuation d’un flux qui lui est ce que nous sommes.

Le but de la vie n’est pas de devenir ce que nous ne sommes pas mais d’être qui nous sommes, déjà.

La réalité est double comme une pièce de monnaie. Une face est déterministe, l’autre indéterminée. Relativité générale et mécanique quantique sont les deux mamelles de la troisième réalité, la réalité cachée de Bernard d’Espagnat (Le réel voilé, Fayard), « les eaux du dessus » (Genèse, béréchit 1/6-7). 

Nous-mêmes avons deux faces, l’une qui rebondit d’évènement en évènement, de décision en décision, de décohérence en décohérence  tandis que l’autre poursuit un but transcendant qui petit à petit s’accomplit quels que soient ces événements, un but dont nul ne sait ce qu’il est parce que son commencement et sa fin sont hors de notre portée, ayant commencé avant la naissance et se continuant après la mort. 

Cependant, les deux faces sont intimement liées, dans l’action, et certainement pas dissociées comme dans le mysticisme oriental où les croyances païennes. Si la fin n’est pas dans la matière, elle n’en est pas détachée. La relation entre les deux faces est une tension, une volonté, un infime espoir tout puissant, une sensation qu’on ne fait qu’effleurer, un ‘je ne sait quoi’ qui brille dans le ciel de l’âme …


2026/09/15

Le monde est dominé par les Propriétaires !!!

 



Chaque enfant qui naît devient au cours de sa vie une autre personne. Au cours de ses expériences, l’homme acquiert des opinions, en change, les raffine, de sorte que, tout en restant le même être, il est différent par rapport à lui-même et aux autres. Tel qui jeune était impatient, colérique, susceptible devient tolérant, indulgent, arrangeant. Tel autre qui était lent, précautionneux suspicieux acquiert de la patience, de la détermination, de l’entrain. Chaque homme évolue, se recentre, s’améliore,

La société elle ne change pas. Chaque nouveau né va de voir affronter les mêmes problèmes que les précédents, injustice, violence, haines, tyrannies, abus de pouvoirs.

Une des principale raison de ce déséquilibre fatal qui plombe le progrès commun est que la société a toujours offert le même but à l’homme: se renfermer au milieu d’elle-même, dresser des murs autours de soi pour se protéger de son influence maudite: devenir propriétaire, ou la mort ! 

Au lieu que l’individu trouve dans la société son environnement naturel, son lieu d’épanouissement, il n’y trouve que contraintes, contrôles, compétitions, complots, et n’a de cesse que de se réfugier entre ses murs. Hors de la propriété, point de salut !

« Il faut brouter où l’on est attaché. Si on s’attache soi-même, au moins, on broute en paix », tel est l’état d’esprit du propriétaire. »

Cependant, il y a toujours eu des propriétaires. Seulement, jusqu’à une certaine époque, on était propriétaire pour une raison. L’église pour récolter des taxes, la noblesse pour récolter des soldats, le paysan pour amasser des récoltes fabuleuses et les bourgeois pour protéger leur récolte des autres, enfin, on était propriétaire pour quelque chose, mais, tout a changé avec la révolution et la vente des ‘biens nationaux’.


A cette époque, pour une poignée d’assignats, on devenait patriote en achetant qui un château, qui un hôtel, qui tout autre bien mis à l’encan. Etre patriote, c’était faire preuve d’une situation sociale ! D’où, devenir propriétaire était acquérir un statut social, devenir propriétaire était une fin en soi. Puis, à la fin de la tourmente révolutionnaire et napoléonienne, le statut est resté, parmi toutes les épaves de cette période unique dans l’histoire des peuples. 

Et, vers 1820/1830, tous ces nouveaux propriétaire ex-patriotes, et leurs émules ont trouvé de bon goût de se faire des cartes de visite avec, au lieu de médecin, d’ingénieur ou de notaire la mention de: Propriétaire !  Etre propriétaire est devenu, depuis lors une fin en soi, un but suprême à atteindre dans sa vie, une apothéose de l’existence. Même si, depuis la deuxième guerre mondiale on a cessé de voir de telles cartes de visite, le concept est resté, pour le malheur des malades imaginaires que nous sommes devenus …



(nb: les plus gros propriétaires de nos jours ne sont plus l’église et la noblesse mais l’état et les fonds d’investissements style Blackrock, les deux mamelles de la tyrannie moderne)

(nb2: lisez ‘Progress and poverty’ de Henry Georges qui établit un lien direct entre la propriété foncière et la pauvreté des peuples. Georges Darien se fit le champion de son programme d’impôt unique au élections legislatives de 1906 et 1912 au 1er arrondissement de Paris)

(nb3: La propriété de la terre est interdite au Groenland !)

2026/06/01

Traité de l’ignorance volontaire


œufs de Myna sur ma fenêtre 

C’est un plaisir de reposer ses yeux sur la nature. Parce que la nature est intelligente, curieuse, somptueuse, sauvage, prodigue, et … organisée. Il y a plus d’intelligence dans la cervelle d’un moineau que dans l’IA la plus performante. 
Il y a du bonheur à aimer la nature car elle est belle et bonne. Parce que ses lois sont belles et bonnes et que de ce fait, on peut avoir confiance en elle. On plante une graine en automne, elle germe au printemps. Le bébé tortue sort de son trou dans le sable et se dirige vers la mer.

Ces lois qui ont fait de l’univers ce qu’il est et de nous ce que nous sommes, autant que les plantes et les animaux, nous les connaissons, mais nous nous percevons comme au-dessus d’elles, nous les considérons comme des outils, des moyens et non comme une fin en soi. 

De ce fait, l’homme a toujours cherché à se créer ses propres instruments de bonheur, ses propres lois, ses chères illusions, et, comme le bon, le bien, la liberté flottent dans l’air qu’il respire, l’homme n’a de cesse de se fabriquer des contraintes, des doutes, des insanités, des crimes. 
Et quand on lui demande, que fais-tu là ? La réponse est « Je ne sais pas. », et il ajoute « C’est ainsi que j’ai vu que ça se fait, je n’ai pas à savoir. ».

« Je ne sais pas », quatre mots, quatre petits mots infiniment plus terribles que ceux de Caïn disant ‘ Suis-je responsable de mon frère ? », car ces quatre mots signifient « Suis-je responsable de moi-même ? », insolence suprême !! 

« Nul n’est censé ignorer la loi ». Si ce principe juridique est applicable concernant des milliers d’articles de loi austères et pour la plupart inaccessible à la majorité, combien ce même principe devient éclatant quand on l’applique à la loi belle et bonne, dont je parlais, qui, elle, se trouve au cœur de chacun !

Parmi tous les ‘Je-ne-sais-pas’, il en est un illustre:


Eugène Sue, Les mystères du peuple, livre 15

Louis continue ainsi, ‘Je ne me souviens pas, cela ne me regarde pas’. Suprême ironie ! Ce roi qui comme tous ses pairs encourageait l’ignorance du peuple comme sauvegarde des privilèges se défend de ses crimes en invoquant sa propre ignorance !!


Le délit d’ignorance volontaire est à la fois le vice le moins reconnu et le plus perfide de tous. L’ignorance volontaire, c’est le culte de l’irresponsabilité. Lâcheté, mensonge, hypocrisie, traîtrise en sont les apôtres. 

En voila un tout chaud:



Dites-vous aussi ´je ne sais pas ´ ?


2026/02/15

Richesse oblige


Ce mot est d’Eugène Sue dans son admirable roman: Martin, l’enfant trouvé (1846).


 


Pour qui les bananes ?


L’inégalité sociale est la plaie de l’humanité.

La famille, aidée de la société, l’homme et la femme n’existent que pour prévenir, pour guérir les différences natives qui engendrent tant de difficultés entre les hommes, pour niveler par le haut l’inégalité de naissance entre les hommes, inégalité physique, intellectuelle et culturelle (morale et sociale).

Sans cette force. l’humanité s’auto-détruit.






Il  n’y a que 5 pays dans le monde où moins d’un enfant sur 10 naît hors mariage ! Tous en Asie sauf la Grèce. Le 6ème est à + de 2/10 !

Il faut que non seulement les riches aident les pauvres mais que les instruits aident les ignorants, que les forts aident les faibles comme le montre si bien Martin !!!

Et, quel roman !

(in english : Martin, the foundling)

Et puis, d’Eugène Sue toujours, Les mystères du peuple est une œuvre grandiose qui commence en 1848, la révolution contre l’abus de pouvoir !! On croyait alors que lorsque toutes les nations seraient devenues des républiques, il n’y aurait plus de guerre !


2025/12/28

De l’identité sociale

 


Avoir une position sociale, c’est être quelqu’un sans rien faire, rien qu’en se coulant dans le moule. Si vous voulez une balle, il faut du plomb et un moule.

 Une position sociale, c’est une forteresse, un bunker, et peu importe laquelle, du lazzarone, du chiffonnier à l’empereur, au directeur général, c’est un empire dont chacun est le roi.

L’identité sociale, c’est l’idolâtrie suprême, les pénates de Rachel, le veau d’or intérieur, le bastion imprenable, le graal de la bonne conscience.

Emile Gaboriau, Le crime d’Orcival


Depuis quinze à vingt ans, j’ai tenté de résoudre la question existentielle posée il y a cinq cents ans par Etienne de La Boétie, comment une poignée d’hommes peut-elle régner sur des multitudes qui acceptent leur servitude sans se rebeller ? (Discours de la servitude volontaire, 1546), ceci en écrivant, pour moi et pour vous, car, l’écriture est tout dans l’évolution de l’homme, pour le meilleur et pour le pire…

Or, après avoir trouvé différentes raisons en outre de celles décrites par La Boétie, il me semble que ce qui pousse l’homme à ne pas se soucier d’un régime qui l’oppresse est l’incomparable besoin d’obtenir une identité sociale, une image de lui-même reconnue parmi ses semblables, une position dans le tourbillon du monde lui assurant une sécurité d’être qu’il n’a pas forcément par sa nature propre.

Tant d’hommes, et de femmes n’ont une image d’eux-mêmes qu’à travers leur identité sociale !


Le besoin immodéré d’avoir une identité sociale a deux aspects; le premier comme je viens de l’esquisser est de se trouver une fonction reconnue dans la ruche humaine, le second consiste à forger une image de soi-même qui fera dire de soi: voilà une personne forte, un individu qui est quelqu’un et qui n’envie rien à personne… alors que c’est tout le contraire !

Tout homme et plus encore toute femme se crée une apparence sociale comme un acteur se grime avant d’entrer en scène pour représenter son rôle. Se donner un type est pour la plupart l’action principale de la vie.



L’identité sociale se compose donc de deux éléments, l’un externe, la position sociale et l’autre interne, l’apparence sociale qui est au service du premier.



2025/11/29

L’homme n’est pas naturellement bon …

 

car, s’il l’était, il ne pourrait plus le devenir ! Et, dame, y’a du taf !! Mais, comme devenir bon est la raison d’être de ‘l’human nature’, y’a pas de mal.

Et, oh ! Voyez cette merveille de roman, qui d’ailleurs est une histoire vraie où l’auteur joue son bout de rôle, j’ai nommé Ponson du Terrail:

Le nouveau maître d’école, pdf gratuit sur gallica.bnf.fr, roman qui d’ailleurs lui avait valut la légion d’honneur, époque révolue s’il en est !!





Il y a deux choses merveilleuses dans la vie, la chose nouvelle et la chose passée. La chose nouvelle, c’est découvrir, c’est renaître, c’est nourrir l’ange de la curiosité, de l’espérance. La chose ancienne, c’est l’étalon de la sagesse, c’est la preuve de l’existence, de la connaissance. Le présent n’est qu’un perpétuel aller retour entre passé certain et futur aléatoire, la vie est une perpétuelle oscillation entre l’ancien et le nouveau.

Ce que j’appelle la chose ancienne, ce n’est pas le passé mais les événements du passé restés présents, tout ce qui nous a marqué suffisamment pour devenir un jalon dans le présent; la chose nouvelle n’est pas l’avenir mais ce qui en nous constitue ce que nous souhaitons qu’il nous advienne.

Ce que nous espérons et ce dont nous nous souvenons constituent un bloc unique qui représente notre identité. Maintenant, imaginez que vous soyez debout sur le pic d’une montagne pointue, cette montagne représentant l’amalgame des souvenirs et des espérances qui est vous-même. Alors, vous faites un pas en avant, dans ce vide qui est à la fois l’inconnu de l’avenir et la continuation du passé et, au lieu de tomber, vous reprenez pied sur la même montagne qui s’est avancée d’autant.

Cependant, l’homme perché sur sa montagne ne regarde pas en dessous et croit avancer. Il n’a pas tort direz-vous car les choses anciennes et les choses nouvelles se modifient au fur et à mesure, mais si peu, à tel point qu’à la fin de sa vie, comme un cerf ou un sanglier débuché qui après avoir croisé ses voies et avoir pris un grand parti revient à son lancer, l’homme finit par ne se souvenir que des choses de sa jeunesse. Ou sont donc passées toutes les avancées qu’il a cru accomplir ?

(…)


2025/11/04

Victoire de la force, idolâtrie de la puissance

 





anything to say ?


peut-être,


voir l’éternité dans l’instant, 

un instant heureux,

un instant sans ombres ni adversité,

sans menaces, sans peurs, sans tremblements,

un instant au parfum de méditerranée, 

de flamants roses sur un étang salé.

2025/09/21

La mouche

 


C’était un poète, tout de vers cousu, qui bravait le front haut son antique solitude.

De la lucarne ouverte, un léger bruissement lui fit tourner la tête. Dans la poussière d’un rayon égaré, un point noir voltigeait.

Ni les éclats voisins d’un archet maladroit, ni cloches ni tonnerre jamais n’avaient troublé le cours de ses pensées.

L’ignorant insecte osa se poser sur le bord même de l’encrier. 

La stupeur passée, Amaury jura que cet indésirable serait bien vite chassé du paradis des muses. Armé d’une savate, la chasse commença.

Comme le jour tombait, l’insecte disparu dans l’obscurité de la mansarde éclairée des lumières d’une gloire à venir.

Au réveil d’Amaury, un bourdonnement discret prît dans son esprit des allures de tempête.

Mais, après des jours de luttes épiques autant qu’infructueuses, accoutumé à la présence d’un intrus irréductible et ayant renoué les liens de ses idées, notre poète se prît à pardonner l’invasion insensée.

Cette présence moqueuse devint une compagne autant souhaitée qu’elle fut détestée. Amaury alla même jusqu’à lui réciter ses strophes inachevées.

Cependant, un matin, un calme persistant le réveilla inquiet. Il passa bien des heures à chercher sa compagne éphémère,

Convaincu de la fuite de cette mouche ingrate, le silence effrayant le chassa sans retour de son asile perché et, désormais, c’est dans les cafés du boulevard que vous pourrez le voir, émiettant un sucre en attendant le retour de sa muse ailée.

A. G. 09/2021


2025/09/02

Le roi des romanciers !!!



Ponson du Terrail

Il y a des films qu’on peut voir et revoir deux fois, dix fois et plus. Ils sont rares mais il y en a, comme ceux de Chaplin par exemple.

Eh bien, les romans de Ponson du Terrail sont ainsi. Quand on a commencé à en lire un, on ne s’arrête qu’à la fin, et encore !

La jeunesse du roi Henri est le plus remarquable et je l’ai lu peut-être cinq fois… Il commence ainsi:

« Un soir du mois de juillet de l’année 1572, deux cavaliers galopaient sur la route qui conduit de Pau à Nérac. »

Rocambole n’est pas moins prenant, et tous vous entraînent dans des mondes enchantés dont vous n’avez pas idée et qui pourtant existaient il n’y a pas deux cents ans comme l’histoire du Capitaine des pénitents noirs, un chef d’oeuvre !


C’est un vrai plaisir de lire des auteurs comme La Landelle ou Du Boisgobey, pour citer deux grands romanciers dont je n’ai pas parlé, mais c’est une joie de lire Ponson ! Ponson est frais comme un ruisseau de mai qui babille entre les hautes herbes parsemées de boutons d’or et de marguerites. Il ne fait pas de poésie, il vous rend poète.

Sa plume enchantée parcours des mondes inconnus et oubliés, a tel point que parfois, il y a tellement d’histoires imbriquées que ça nuit à la cohésion de l’ensemble mais, si l’on a le courage de lire, la fin est souvent un feu d’artifice de situations extraordinaires.


(gratuits sur gallica.fr)

2022/10/16

Appendice 2: Gaspard des Montagnes

 


Gaspard des Montagnes est un roman d'Henri Pourrat, écrivain Auvergnat qui aurait pu en apprendre à Marcel Proust où André Breton sur la façon d'écrire !




extrait:


"Mais les jours allongeaient. L’herbe poussait autour des puits-fontaines. Les nuits, on était long à s’endormir. Par les fentes arrivait le miel des cerisiers en fleur dont les files bordent les prés nouveaux de doucette et d’oseille sauvage. Un vent tiède réveillait les arbres encore nus dans les boqueteaux des tournants. C’était le mois d’avril où le coucou chante à fil… Puis la fête de la Croix pour laquelle on lâche les vaches ; et jusqu’à la Croix de septembre on mange un morceau de pain à quatre heures parce qu’on est dans la saison du gros travail.

Anne-Marie changea. Au fond de ce moulin elle avait retrouvé sa petite vie paysanne de Chenerailles, et plus proche de ce vieux temps, elle était plus proche de Gaspard.

La séparation faisait qu’elle l’imaginait comme là-bas sur le pâturage, l’oeil tout riant, la face toute claire, et tout porté de bonne volonté. Elle revoyait le cousin, le frère des anciens jours au grand soleil de la campagne. Cet élan, et ce don, ce coeur. L’ami alors de moitié dans sa vie…

Elle n’irait plus autour des fontaines cueillir pour son mois de Marie les aimez-moi que sa mère appelait les yeux de la Vierge. Quelqu’un la cherchait, la criait : elle continuait sa cueillette, la poitrine pleine de joie, attendant une minute avant de répondre. Mais il savait bien la trouver. Il arrivait, elle voyait sa face couleur de flamme; et ses yeux bruns qui, pour mieux lui parler, attrapaient du soleil.

Durant ces nuits de mai, elle ne savait plus que cet ami de jadis. Ni mauvais dires, ni rien du monde ne pouvait aller contre cela qui roulait en son sang : cette amitié où ils étaient tous deux. Et pour qu’une telle tendresse lui vînt, avec ces larmes, de cette nuit dehors, toute de menus bruits, de souffles, d’odeurs vertes, ah, il fallait bien que là-bas il songeât à elle comme elle songeait à lui.

Elle se troublait. Alors, elle s’efforçait de penser aux Escures. Mais c’était Jeuselou et Marguerite qu’elle revoyait comme tantôt, s’entreriant pour un instant sur le pas de la porte. Ceux-là se marieraient. Ils seraient ceux qui dorment l’un près de l’autre et se retrouvent ensemble au matin, quand on devine que devant les montagnes bleues commence une journée de bonheur. Heureux ceux qui sont ainsi mari et femme, de pensée et de fait, car c’est la vraie vie à trouver dans ce monde.

Un peu de vent tiédi s’éloigne ; les branches remuent jusqu’au fond des bois, et ceux qui s’entr’aiment dorment doucement.

(…)

Vivre d’accord avec soi. Quand on est honnête, on doit en porter la peine. Au bout du compte, c’est simple de faire son salut : c’est simple d’être dans son chemin à chaque heure de sa vie. D’ailleurs il faudra toujours mourir. Pourquoi ne pas vivre le coeur net et pur de péché, toujours !

(…)

Avons-nous été établis de Dieu pour juger et pour tuer ? Ceux même qui nous apportent la souffrance et la peine travaillent peut-être pour notre bien. Le malheur de mon petit Henri, Dieu a pu le vouloir, qui voit mieux que nous. Nous voyons le bien et le mal ; mais notre bien et notre mal, notre heur et notre malheur vrais, les voyons-nous ?

(…)

Anne-Marie avançait pensivement, sous les sorbiers sans feuilles. Les peines et tout, qu’importe, pourvu qu’on se voie dans son chemin. Aller droit, suivant ce grand voeu. Et l’on pourra aider celui qu’on fit souffrir. Le péché, elle sentait, à n’en pas douter, qu’il lui aurait été impossible d’y vivre. Impossible.

Elle changeait le coeur des gens. C’était vrai, aux Escures tout sentait les grandes moeurs. Il était des choses qu’on aurait pu ni faire ni penser devant elle.

(...)

Peut-être aurait passé le temps où le (Gaspard) tenait quelque démon. Un joli son de musette. Personne ne peut savoir ce que c’est, s’il n’a vécu cela. Les matins, seul, au bois, la mousse gelée qui crie sous le soulier, ce vieux goût humide et ce ciel chagrin entre les branches… On se dit : la vie, quelle dégoûtation ! On parle à sa hache, à ses outils, comme les soldats, dans les durs moments, parlent à leurs armes.

Tout ce qu’il avait su, dans cet orage noir, ç’avait été se taire, attendre et ne jamais lâcher. Il peut arriver n’importe quoi à un homme : la seule honte, c’est de perdre coeur.

Ses yeux rencontrèrent les yeux couleur de noisette. Nulle autre n’avait, comme Anne-Marie, ce regard à la lumière de l’âme. Et ce n’est pas vrai qu’il n’y a rien, puisqu’on peut ainsi sentir une âme.

On veut vivre, se disait Gaspard, mais avec son coeur d’homme. Il ne s’agit donc pas de bonheur ni de malheur, quand on est bâti d’une certaine façon. On rechercherait bien le malheur même. On s’arracherait bien les yeux pour les donner à une Anne-Marie.

Là-bas, dans la pâleur du lointain, s’enfonce le pays des monts bleus et cornus. Le Chignore, avec ses deux pointes, les autres, en chaîne, avec leurs cols, leurs terrasses, leurs cimes d’où quelque brouillard cueilli par le vent s’enlève encore, va gagner l’air libre… Les chemins secs où courent la lumière et la bise se sont ouverts ainsi que pour un grand départ. Une amitié, dans le matin sur la montagne, a changé l’air comme ferait une chanson. Le bonheur, le malheur, n’importe. Ce n’est pas tellement vers la joie, vers la peine, qu’on a choisi d’aller. On a choisi d’aller vers autre chose.

(...)

Elle allait redemander à Gaspard de ne pas l’abandonner au milieu des difficultés. Mais ils avaient tous deux le sentiment que la conversation avait tourné autour de quelque chose qu’ils n’avaient pas besoin de dire. Cette gêne cédait, et cet étouffement qui le prenait dans le voisinage d’Anne-Marie. Une force lui revenait, une sorte de soulèvement profond. Thiers, les courses, tout cela était soudain loin de lui et sans vie, comme si ces derniers temps il avait seulement vécu à côté de soi. Mais maintenant il vivrait, il ferait. Robert et les autres, il n’aurait pas besoin des messieurs Chargnat pour en venir à bout.

Il se sentait fort de tout le peuple de la campagne, de ceux qui mangent et qui dorment près de la terre, qui ont affaire en plein air à la roche, aux sapins, au foin qu’on fauche, au pain qu’on fait pousser.

Anne-Marie s’arrêta dans le biseau de brume dorée qui tombait de la porte. Sous sa mante de bergère, sa figure claire ourlée d’argent à contre-jour, debout, devant ce lointain de bois et de montagnes, elle semblait la reine de tous ceux-là qui la verraient. Les mots qu’on n’avait pas dits s’envolaient vers le soleil."























nb: voir aussi Manzoni Alessandro, Les fiancés !!

2022/06/18

Appendice: Michel Zevaco

 


Michel Zevaco fut sans aucun doute un des plus grands romanciers du 19ème siècle. "Les amants de Venise" est à mon avis son chef d'oeuvre ! Et pratiquement tous ses romans sont des épopées qui vous transportent dans un monde révolu où l'Homme tenait la première place au naturel, sans artifices, sans détours. Naïveté, vengeance, passion, foi, fidélité, trahison, l'homme ne se cachait pas à ces époques derrière des apparences trompeuses, derrière des renoncement à sa nature, bonne ou mauvaise. Ce n'était que quelques centaines d'années auparavant et pourtant, ces univers paraissent plus anciens que la terre des dinausores ...

Mais la plus grande figure de cet auteur est sans doute celle de Pardaillan, chevalier, héro, rebelle.


Lisez "La jeunesse du Roi Henri" de Ponson du Terrail (le meilleur des romancier !), "Le Juif errant" d'Eugène Sue, "Le bossu" (Lagardère) et Madame Gil Blas de Paul Féval et tant d'autres ... 

Le bon endroit où télécharger ces perles de la littérature en PDF gratuits et 'légers' est sans doute cet excellent site: Ebooks libres et gratuits.

Ah ! Lisez tous ces grands maîtres de l'écriture, de l'imagination, de la poésie et du coeur !!

 Voici une liste partielle de tous ces auteurs qui, en plus des trois précédemment cités, d'Alexandre Dumas et d'Honoré de Balzac, valent plus que le détour !!


Fortuné du Boisgobey

Pierre Zaccone

Frédéric Soulié

Emile Richebourg

Molé-Gentilhomme

Alfred Assolant

Ernest Capendu

Eugène Chavette

Emile Gaboriau

Emmanuel Gonzalès

Jules Lermina

Léon Gozlan

Joseph Méry

Jules Mary

Gabriel de La Landelle

Constant Guéroult

...

(nb: les auteurs ne se trouvant pas à Ebooks libres et gratuits sont sur Gallica)


Extraits de Michel Zevaco, L’hôtel Saint Pol


Le roi (Charles VI) songeait.

– Lourde... combien lourde ! Est-ce de l’or ? Est-ce du fer ? Qu’importe, c’est un métal sournois et lâche qui vous rafraîchit d’abord le front, pour se mettre ensuite à le serrer jusqu’à faire éclater la tête. Pourquoi une couronne, « à moi » et non à d’autres ? Quel mal ai-je fait pour être condamné à la couronne ?

Il se mit à trembler. Le frisson glacial de la crise courut le long de son échine. Il résistait pourtant, essayait encore de vaguement diriger sa pensée insurgée.

Et tout à coup, il fut debout, écumant, et hurla :

– Pourquoi une couronne à moi et non à vous ?

Ce fut un coup de tonnerre dominant le tumulte d’une bataille. Il y eut dans la salle immense, où l’orgie battait à tous les angles ses ailes de flamme, le silence morne et stupéfait de fous brusquement ramenés à la raison. Et la sensation fut inoubliable, sinistre, macabre, – la sensation que tous ces êtres raisonnables, hommes, femmes, princes, ducs, capitaines, c’étaient des fous, et que lui, le fou, c’était, dans cette assemblée de délire, le seul être raisonnable.

La voix du fou, comme un grand courant d’air pur, balayait l’ivresse. Il reprit :

– Et pourquoi des couronnes ? Qui est le maître ? Est-ce moi ? Est-ce vous ? Personne n’est maître ! Je le sais et les fantômes de mes nuits me l’ont dit. Maîtres ! dit-il avec un rire strident. Maîtres de quoi ? De qui ? Et qui a décrété que quelqu’un serait maître ? Parlez, je veux savoir ! Vous vous taisez, Bourgogne ! Berry ! Orléans ! Vous tous qui voulez être les maîtres, vous ne pouvez dire pourquoi vous le seriez ! Par Notre-Dame et les saints, c’est à mourir de rire, avortons !... Chiens rampants, vous prétendez vous imposer à l’admiration des hommes ! Vous aurez seulement leur haine, et si vous saviez en quel océan de mépris vous vous débattez, vous auriez pitié de vous-mêmes !

La voix du Roi-Fou tonnait. Il ne savait ce qu’il disait. Les paroles jaillissaient de ses lèvres brûlantes, sans qu’il en comprît le sens, comme autrefois, dans le temple sacré du Delphicus, parlait l’oracle délirant.

La masse énorme des gentilshommes écoutait sans comprendre. Mais la voix rauque, rude, puissante, leur secouait le coeur.

– Alors, avortons, il vous faut la puissance ? Vraiment ! C’est à mourir de rire, de voir vos mines confites quand vous parlez du pouvoir, de la puissance et de la nécessité de diriger les hommes, et de vos nobles ambitions, sacripants ! Alors, vraiment, vous éprouvez, vous dites que vous éprouvez le besoin de dominer, d’être vus de loin, et vous vous criez à vous-mêmes que c’est là une grande joie, une belle satisfaction !

Vous mentez, chiens ! Vous n’avez même pas cela dans le ventre. Si c’est cela que vous avez, pourquoi vous et non pas d’autres ? C’est donc la guerre d’homme à homme, au poignard, au poison, à la hache, à l’échafaud, à la corde, à la calomnie, à toutes armes ? Mais non, sacripants !

Ce qui vous mène, c’est l’orgie. Ce qui vous tourmente, mendiants de jouissances Je vous dis que c’est à mourir de rire, voleurs, truands ! Je vois les peuples, troupeaux immenses cherchant où paître un peu de bonheur. Où est l’herbe du bonheur ? Cherchez-la, peuples stupides. Par pitié, par mépris, vous vous laissez voler un peu de puissance, un peu d’argent, et vous haussez les épaules devant vos maîtres... moi je fais mieux, je leur donne ma couronne !

D’un geste frénétique, il arracha la couronne de sa tête, la souleva très haut, dans ses deux mains. Son visage convulsé fit reculer la foule, et son rire glaça les plus braves. Il vociféra :

– Je n’en veux plus ! Qui la veut ! Ramasse, mon frère ! Ramasse, mon oncle ! Ramasse, mon cousin ! Ramassez, sacripants ! À plat ventre, mendiants de pouvoir ! C’est moi le peuple de France ! Tenez, prenez, mangez, buvez, gorgez-vous, pauvres mendiants de puissance ! Prenez !

Voici la couronne, je n’en veux pas !

Le Fou laissa tomber sur l’estrade le royal diadème et d’un rude coup de pied, l’envoya au loin devant lui. La couronne bondit, ricocha, roula. Les groupes affolés s’écartèrent en reflux violents et stupides, virent passer parmi eux ce bolide brillant qui était l’emblème du pouvoir, qui alla se heurter au pied d’une colonne de granit surmontée d’un satyre ricanant, et s’y brisa.

En même temps, Charles tombait à la renverse dans son fauteuil en râlant :

– Regardez mourir le peuple !...

Ses yeux se révulsèrent. Ses genoux s’entrechoquèrent. Il claqua des dents.

– Ils me tuent ! Ils m’égorgent ! Ils boivent mon sang ! Regardez-moi mourir !... Il eut un grand cri déchirant, ses bras se tordirent ; du fauteuil, il tomba sur le tapis de l’estrade, et l’on n’entendit plus que ses grognements funèbres, on ne vit plus que ses gestes frénétiques simulant dans le vide une lutte effroyable contre les mendiants du pouvoir qu’évoquait sa vision...

(…)

 

Ce matin-là le vénérable père Ignace de Loyola eut une conférence avec le comte de Monclar, grand prévôt de Paris.

Il y avait de l’inquisiteur dans l’âme de Monclar. Il y avait du policier dans l’âme de Loyola et c’est pour cela que tous deux semblaient si bien s’entendre durant leur entretien.

– Ce Dolet, disait Loyola, est une vraie plaie pour votre beau pays de France…

– Hélas, vénérable père, le roi est faible parfois !

– Oui ! Oui ! Il veut jouer au savant, au poète… Comme si les rois devaient être autre chose que la main de fer appesantie par Dieu sur les peuples ! Les peuples, mon cher monsieur de Monclar, ont une tendance néfaste à la rébellion contre notre sainte autorité, les rois doivent être nos agents… ou sinon nous briserons les rois eux-mêmes ! …

(...)



– Loyola, reprit-il (Dolet), est un de ces hommes fameux qui impriment sur l’humanité la marque indélébile de leur vouloir.

Seulement, ce qu’ils veulent, c’est leur propre glorification, et non le bonheur commun. Ce sont ces hommes qui arrêtent, durant des siècles, la marche de la vérité ou la font dévier…

L’humanité va vers un idéal si lointain, si profond qu’à peine on l’ose concevoir. Par moment, elle ressent un choc, puis, quand la secousse est finie, elle passe, croyant que la route est toujours droite devant elle… Elle a dévié… l’écart, faible au départ, devient immense au bout de cinquante ans, de cent ans… Et alors, il faut une révolution dans les esprits et les moeurs pour que l’humanité rejoigne sa route… Oui, certes, ce Loyola est un fléau semblable à ces grands tueurs. Il tue à sa façon. Ce qu’il y a de terrible en lui, c’est qu’il ne veut pas tuer seulement le corps, c’est l’esprit qu’il veut atteindre…

(…)

 

 

« Ceci est ma dernière pensée.

« C’est le dernier effort d’un esprit qui va bientôt s’éteindre.

« Peut-être ces lignes tomberont-elles plus tard sous les yeux d’hommes justes.

« Peut-être ce papier va-t-il être détruit.

« Je ne veux songer qu’à la possibilité d’être lu plus tard.

 « C’est donc du seuil de la tombe que je parle aux hommes, et j’ai pour tribune un bûcher.

« Je vais être brûlé ! Brûlé vif !

« Ce que ma chair va souffrir, je ne le sais.

« Je ne sais pas non plus quelles clameurs d’agonie s’échapperont de ma gorge alors que, délirant au milieu des tourbillons de flamme, je ne serai plus responsable de ma pensée.

« La vraie clameur du condamné est ici, sur ce parchemin.

« Voici donc ce que je souhaite :

« Je suis innocent de toute action mauvaise.

« Aussi loin que je regarde dans ma vie, avec le scrupule et l’angoisse d’un juge impartial, je n’y découvre aucun crime, aucune faute véritable.

« J’ai aimé les hommes, mes frères.

« J’ai tâché de leur montrer qu’il y a un flambeau pour les guider vers le bonheur à travers les ténèbres de la vie que nous vivons. Ce flambeau s’appelle : Science.

« J’ai fait en sorte de répandre le plus que j’ai pu de science, c’est-à-dire de lumière, afin de chasser le plus possible de ténèbres, c’est-à-dire d’ignorance.

« Je ne me suis pas détourné des moins fortunés que moi. Je n’ai pas montré un visage impitoyable aux fautes des autres.

« J’ai songé que le mot suprême de la sagesse humaine et l’aboutissement fatal de la science, de la pensée, de la vie, c’est l’indulgence.

« Une humanité où les hommes auraient pitié les uns des autres, où se développerait cette radieuse et magnifique pensée de fraternité que le Christ a entrevue, une humanité pareille aurait résolu le problème du paradis terrestre.

« Cependant, c’est la haine qui triomphe.

« Je ne veux ici accuser personne.

« Je dis seulement que l’esprit de domination engendre l’esprit de haine.

« Je dis que les dominateurs qui ont inventé le bûcher pour les hommes inaptes à la servitude sont l’obstacle qu’il faut écarter.

« Puisse-t-on me comprendre !

 « Puisse l’humanité apprendre à pénétrer dans sa propre pensée !

« Puissent les hommes arriver un jour à penser librement, c’est-à-dire sans que leur croyance, leur foi, leur pensée leur ait été imposée.

« Puisse la science remettre au creuset de l’analyse les croyances humaines qui nous sont transmises par les siècles barbares !

« En formulant ces souhaits, je ne crois pas passer les limites du droit humain.

« Je ne me crois pas en faute.

« Pourtant, c’est pour penser ce que j’écris, c’est pour avoir aimé la science, la lumière, pour avoir été le frère de mes frères que je vais être brûlé.

« Je voudrais qu’un jour un monument s’élevât à l’endroit même où je vais souffrir, et que sur ce monument, les jours de fête, les hommes enfin délivrés apportent quelque modeste offrande de fleurs, et qu’enfin le souvenir des iniquités présentes fût perpétué par cette simple parole que quelqu’un redirait aux foules, d’année en année :

« Ici, on a brûlé un homme parce qu’il aimait ses frères et prêchait l’indulgence et proclamait le bienfait de la science.

« Cela se passait du temps où il y avait des rois comme François, et des saints comme Ignace de Loyola. »

« Voilà ce que je souhaite.

« En foi de quoi, libre d’esprit et sain de corps, j’ai signé. »

Dolet signa.

 


2022/05/28

Ah ! Quand même ...

 

« Ce que l’homme a le plus besoin d’être, c’est ce qu’il n’est pas. »








Voyez-vous ces photos ?

On s'était arrêté là, exactement !!. 

C'était en juin 2008. On avait remplit la voiture d'énormes gerbes de lavande. 

C'est un miracle que quelqu'un ait posté récemment ces photos sur Google maps !!!

J'ai ainsi un souvenir d'une des plus belles pages de ma vie ...


Je vois le mer d'où j'habite maintenant et, quand mon regard se porte vers l'ouest nord-ouest, au-delà de cubes de béton qu'ils appellent maisons, en direction du soleil couchant, je me dis qu'il y a là-bas une étoile qui porte ce que j'ai le plus aimé au monde ...




Il me reste un de ces bouquets de lavande qui a gardé tout son parfum, ainsi qu'un brin de mimosa ...











An mah - Ana Alcaide

(traduction très approximative !)

Lune à l'aube, la cure d'amour

l'air calme du matin.

Venez les vagues de rires oubliés

lys dans la nuit sainte.

 

Ce brouillard, ce brouillard, ce brouillard, où est la lumière brillante sur toi ?

Ce brouillard, ce brouillard, ce brouillard, où est la lumière brillante sur toi ?

 

Le vin de la fleur dans ma demeure

coeur au regard sombre

la lumière tombe dans la nuit calme

âme du soleil à l'oubli sauvée

 

Ce brouillard, ce brouillard, ce brouillard, où est la lumière brillante sur toi ?

Ce brouillard, ce brouillard, ce brouillard, où est la lumière brillante sur toi ?

 

Où ce brouillard a-t-il une lumière vive sur vous, mon ami ?

Et où est la douceur de tes cheveux, ma chérie

 

Lune en mai, Lune en mai, Lune en mai

Où est la lumière brillante sur toi