Chaque enfant qui naît devient au cours de sa vie une autre personne. Au cours de ses expériences, l’homme acquiert des opinions, en change, les raffine, de sorte que, tout en restant le même être, il est différent par rapport à lui-même et aux autres. Tel qui jeune était impatient, colérique, susceptible devient tolérant, indulgent, arrangeant. Tel autre qui était lent, précautionneux suspicieux acquiert de la patience, de la détermination, de l’entrain. Chaque homme évolue, se recentre, s’améliore,
La société elle ne change pas. Chaque nouveau né va de voir affronter les mêmes problèmes que les précédents, injustice, violence, haines, tyrannies, abus de pouvoirs.
Une des principale raison de ce déséquilibre fatal qui plombe le progrès commun est que la société a toujours offert le même but à l’homme: se renfermer au milieu d’elle-même, dresser des murs autours de soi pour se protéger de son influence maudite: devenir propriétaire, ou la mort !
Au lieu que l’individu trouve dans la société son environnement naturel, son lieu d’épanouissement, il n’y trouve que contraintes, contrôles, compétitions, complots, et n’a de cesse que de se réfugier entre ses murs. Hors de la propriété, point de salut !
« Il faut brouter où l’on est attaché. Si on s’attache soi-même, au moins, on broute en paix », tel est l’état d’esprit du propriétaire. »
Cependant, il y a toujours eu des propriétaires. Seulement, jusqu’à une certaine époque, on était propriétaire pour une raison. L’église pour récolter des taxes, la noblesse pour récolter des soldats, le paysan pour amasser des récoltes fabuleuses et les bourgeois pour protéger leur récolte des autres, enfin, on était propriétaire pour quelque chose, mais, tout a changé avec la révolution et la vente des ‘biens nationaux’.
A cette époque, pour une poignée d’assignats, on devenait patriote en achetant qui un château, qui un hôtel, qui tout autre bien mis à l’encan. Etre patriote, c’était faire preuve d’une situation sociale ! D’où, devenir propriétaire était acquérir un statut social, devenir propriétaire était une fin en soi. Puis, à la fin de la tourmente révolutionnaire et napoléonienne, le statut est resté, parmi toutes les épaves de cette période unique dans l’histoire des peuples.
Et, vers 1820/1830, tous ces nouveaux propriétaire ex-patriotes, et leurs émules ont trouvé de bon goût de se faire des cartes de visite avec, au lieu de médecin, d’ingénieur ou de notaire la mention de: Propriétaire ! Etre propriétaire est devenu, depuis lors une fin en soi, un but suprême à atteindre dans sa vie, une apothéose de l’existence. Même si, depuis la deuxième guerre mondiale on a cessé de voir de telles cartes de visite, le concept est resté, pour le malheur des malades imaginaires que nous sommes devenus …
(nb: les plus gros propriétaires de nos jours ne sont plus l’église et la noblesse mais l’état et les fonds d’investissements style Blackrock, les deux mamelles de la tyrannie moderne)
(nb2: lisez ‘Progress and poverty’ de Henry Georges qui établit un lien direct entre la propriété foncière et la pauvreté des peuples. Georges Darien se fit le champion de son programme d’impôt unique au élections legislatives de 1906 et 1912 au 1er arrondissement de Paris)
(nb3: La propriété de la terre est interdite au Groenland !)










