2017/04/24

Qui qu’en grogne ?




(non édité)

Que peut-il sortir d'un monde du chacun pour soi où d'aucun se croient leur propre maîtres ?


Volonté de puissance, vouloir être le maître, dominer, diriger, recevoir des honneurs, tous ces funestes travers témoignent, avant même que leurs œuvres fatales ne s'accomplissent, d'un esprit  dérangé, d'une vision erronée de la vie.

Les 'civilisations' sont le cimetière de l’espoir et l'origine de tous les désespoirs. Au fur et à mesure que l'homme croit s'élever, il s'abaisse. Il grimpe dans ses cocotiers dorés et se croit au sommet de l'univers alors qu'il n'est qu'au seuil de la folie, au faîte de la mégalomanie.

Ceux qui doivent triompher dans cette soupe aux passions et aux crimes ne peuvent être que des individualités exacerbées, des populations mythifiées par des illusions démesurées.
Une des raisons est que l'homme préfère se complaire dans ce qui n'est pas que de se mesurer avec ce qui est, il préfère inventer un système que de s'accommoder de celui qui est, il veut être plus que ce qu'il est sans s'apercevoir qu'il ne pourra être que moins.

En effet, ceux qui se donnent pour acquis le droit de domination voient le monde en premier lieu comme un tissu d'inégalités, ce qui est vrai, mais cela s'explique seulement en acceptant la merveilleuse unité naturelle dans laquelle les inégalités prennent un sens, et en second lieu, comme un échiquier où il y a des victoires à remporter, comme un champ de bataille où il y a des ennemis à vaincre alors que la réalité-réelle est autre.


Systèmes

L'homme n'a de cesse qu'il n'ait construit "son" système. L'humanité a la folie des systèmes. Economiques, politiques, sociaux, psychologiques, religieux, artistiques, scientifiques, toutes les composantes de la vie humaine sont prétextes à créer des systèmes, quoique le dernier cité a l'immense avantage de n'être valable que jusqu'à la prochaine découverte, ce qui procure une certaine humilité tant devant l'avenir que le passé, quant au présent ...

Eu égard à ces mondes dans le monde, l'individu se forge une personnalité en fonction des systèmes qu'il adopte. Peu lui importe d'être ce qu'il est - où n'est pas - alors que la toute-puissance de son moi s'exerce à devenir un rouage de ces illusions méticuleusement érigées en palais des Milles et Une Nuits. Untel peut être grand ou petit, blond ou brun, intelligent ou idiot, il  aura toujours l'occasion d'oublier son origine et sa nature pour se choisir une image à travers la multitude de systèmes qui lui tendent les bras.
Ce qu’on appelle Matrix, en passant, est l’utilisation de cette folie des systèmes dans un but de domination qui, non seulement l’encourage et la dirige mais aussi, qui crée incessamment de nouveaux systèmes à ajouter aux anciens.

Untel sera gauchiste, aimant Beethoven, militant pour les droits de la race canine à fumer la pipe après souper, un soupçon Bouddhiste et partisan de la méfiance universelle. Tel autre sera conservateur, libéral, supporter du club de foot local et fervent admirateur de Corinne Sarkasty, dernière coqueluche du festival de Jazz de Tremblez-les-Pins, en Charentes, eh ! faut pas oublier le Pineau – des Charentes. Une autre sera emballée de tragédie grecque, de quatre à six, de yaourts au bifidus, le mardi matin, de métempsychose, de ... que sais-je !!

L'homme n'est plus un individu qui, étant parti de lui-même, a cherché à construire son identité par ce qu'il est capable de devenir mais un tonneau dont il s'empresse de combler le vide avec ce qui parait lui apporter les meilleures ressources pour être ce qu'il a choisi de paraître. L'homme ne parait plus ce qu'il peut être mais devient ce qu'il peut paraître. L'individu est mort, vive la société, ses inventions subtiles, ses ressources infinies, ses décors inépuisables, ses enjeux mirifiques bref, ses toutes puissantes illusions, à la portée de toutes et de tous.

Nous sommes à l'ère des imbéciles heureux ou plutôt, cette époque bénie des hommes n'a en fin de compte jamais cessée, elle n'a fait que se déployer, qu'ajouter strate sur strate à ses monceaux de théories, que fignoler les moindres recoins de son attirail de masques. La séance est ouvertes, faites vos jeux. Et, de toutes ces panoplies d'homme social, la bête humaine dirait Zola, la plus complète, la plus riche, et de loin, est certainement celle proposée par la religion. Christianisme, Talmudisme, Islamisme, Bouddhisme ont développé depuis des millénaires des trames si complexes que mille vies ne suffiraient à explorer.
Il est incroyable de voir comment des hommes qui paraissent sensés dans leurs familles et leurs travaux peuvent s'attendrir devant les pyramides d'inepties que procurent les religions et autres sectes d'un bout à l'autre du monde. Alors, Dieu a dit, le prêtre a expliqué, le livre saint a révélé ... amen. 

Bien que l'homme soit capable d'être lui-même, pour lui comme pour les autres, et puisse conserver de ce fait la liberté de choix qu'il a à sa naissance, il enferme volontairement - ou non - cette perle tant glorifiée des poètes dans des systèmes préconçus, des partis 'prédestinés', des auges préfabriquées où un cochon ne voudrait se vautrer rien au monde.

L'illusion est la réalité, la conformité supplante l'originalité naturelle, la maladie remplace la santé. Mieux vaut être un malade connu et classifié qu'un homme sain d'esprit et de corps inconnu au bataillon de la servitude organisée. La toute-puissance de l'appartenance à un corps constitué surpasse sans peine et sans remords l'autonomie de l'âme qui ne représente qu'une tristesse et un deuil à côté des Champs- Elysées de l'apparence sociale. Car telle est la seule et suffisante servitude de l'homme qui a peur, qui a honte de n'être ‘que ce qu'il est'.

Et pourtant ! Après bien des années occupées à écumer ces océans d'illusion, à se croire ceci ou cela, plus d'un s'aperçoit qu'il a passé sa vie sur une scène que le soleil électrique a refroidit et où les vestales étaient de marbre. La véritable tristesse tombe avec le rideau et bien peu en sortent avant que la salle s'éteigne. Bien sûr, certains diront qu'ils n'ont pas vécu pour rien mais d'aucun avoueront qu'ils n'ont vécu pour quelque chose. Les chaines viennent de l'intérieur, comme la musique, la liberté, l'amitié ou l'amour. Pour un arabe algérien de Belleville, le veston est un costume du dimanche. Vaut-il mieux être un fakir sur un tapis de clous où un monarque sur un matelas de dollars ?

Quand il n'y aura plus de papillons, d'abeilles, de saumons ni de roses, que restera t-il à l'homme si celui-ci ne comprend enfin qu'il vaut mieux paraître ce qu'on est plutôt que de s'affubler de lambeaux de systèmes et de gloriole en papier mâché ? Le propre de l'homme est-il de pouvoir être ce qu'il n'est pas, à volonté, de se détruire, à satiété, de se renier ... à faire pitié ? Oui, autant qu’il se sépare du seul vrai système, celui qui fut et qui sera, le système de la nature, de Dieu. Tant que l’homme s’obstinera à écarter Dieu de sa soupe, elle restera amère.


Principes

Si ce n'étaient que des principes qui dirigeaient l'univers, ils seraient inviolables. Pour que l'homme puisse les violer, au contraire de toute autre chose existante, il faut qu'il ait en lui autre chose qu'un principe.

La faculté de pouvoir agir en opposition aux principes de l'univers, dont le principal est de tout sacrifier à la vie, est le propre de l'homme. Qu'une seule des créations de l'univers ait le pouvoir de s'opposer à ses principes suffit à prouver que l'ordre qui dirige l'univers ne saurait provenir uniquement de principes.
Ainsi, l'homme n'est pas totalement le produit des lois qui dirigent l'univers puisqu'il a la possibilité de s'y soustraire. On peut sans doute affirmer qu'il y a en lui plus que ce que ces lois sont capable de créer en général. Et ce plus est cette faculté de pouvoir s'en affranchir. L’homme est un ‘hors la loi’.

L'univers n'a jamais créé de casserole mais les lois qui servent à faire les casseroles sont du même ordre que celles qui font les hommes. Si donc L'homme est le seul être sur terre à être capable de créer des lois, elles-mêmes 'sous lois’ de l'univers - pour faire des casseroles, il y a donc un être qui a disposé, en sus des lois de l'univers, un ‘contre-principe’ pour faire des hommes.

L’univers, de par ses lois, ses principes est un processus lent mais inéluctable qui aboutit à la vie. La vie est le support de la conscience mais celle-ci est au-delà de cette vie qui la supporte par ce fait qu’une fois conscient, l’homme a le choix de son adhésion à ces lois qui l’ont fait naître. La vie, la conscience exigent de la part de l’homme un effort, une décision pour marcher de concert avec elles, pour reconnaître leur vérité, leur bonté. L’homme est libre du dessein qu’il donne à sa vie, à sa conscience. 
Va-t-il chérir la vie, la lumière ou va-t-il supporter les ombres de la nuit, le néant, la mort ?

Le but des actions de l’homme est le résultat d’une décision, d’un projet mis en œuvre à chaque instant de l’existence, d’un choix. La vie n’est pas son propre but, la conscience ne saurait que faire d’elle-même sans cette possibilité de choix. De même, le ‘destin’ de l’univers n’est pas dans son existence mais dans le projet qu’il permet. L’univers, la vie sont un support à la réalisation d’un but. Ce but est révélé par l’apparition de la conscience en l’homme et de la possibilité de choix qu’elle apporte. La conscience entraîne une décision qui permet l’application de la volonté, non pas comme enchaînée aux principes mais comme Libre cautionnement du désir d’être.

Cette volonté ‘humaine’ n’est que le reflet infinitésimal de la volonté infinie de Celui Qui est à l’origine de la vie, de l’univers.




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